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L’huître cosmique, wesmasonstage.com .

La perle n’est pas qu’un bijou, car l’essentiel en elle bout, qu’il s’appelle patience en souriant, trésor inestimable plus que tout autre aimable, ou profonde brillance à l’orient, ainsi que la Maison du berger le proclame chez Vigny, des sombres Destinées jusqu’à l’essor de l’âme :

Poésie ! ô trésor ! perle de la pensée !
Les tumultes du cœur, comme ceux de la mer,
Ne sauraient empêcher ta robe nuancée
D’amasser les couleurs qui doivent te former.

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phyto-perles.com

L’huître produit même des moyens de guérir ; mais il faut écouter la douleur, puis souffrir sans sombrer, jusqu’au bout comme en ces Tragédies d’Eschyle où peuple et chefs aux vices remédient, de regrets en progrès :

ΤΩΙ  ΠΑΘΕΙ  ΜΑΘΟΣ, De notre souffrance vient la connaissance, chante le chœur d’Agamemnon aux vers  176-177, comme de la nuit naît le jour qui luit.

Reléguons doucement l’agitation perlière de Vigny ; Baudelaire a tiré la lumière d’une musique triste où le cœur se croit seul, mais où le désespoir s’apprivoise, en filleul d’une mystérieuse correspondance : immobile pauvrement, appelée Recueillement, notre souffrance accueille l’espérance.

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Art phénicien, lexpress.fr .

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

A son tour Arthur, son héritier, par les rues nous apprend le métier qui sait incarner et transmettre, les voyelles, puis toute lettre, afin qu’un jour l’Orient et l’Occident soient mûrs, capables de franchir ou d’abattre les murs.

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A Paris, un mur dédié au “Bateau ivre” d’A. Rimbaud, gastibelza42.blogspot.com .

Voyez ces lignes qui nous font signe de facteurs, de porteurs !

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Portrait de Fu Sheng attribué à Wang Wei, certainsjours.hautetfort.com .

Des analogies se dessinent avec Dostoïevski – que mine pourtant l’obscurité, quand on voit s’afficher Les Nuits blanches du facteur, quand s’installe une autre contemplation dans les salles que les images éoliennes de M. Radford, que le film noir et blanc de L. Visconti – lui aussi primé par la Mostra de Venise

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allocine.fr

ou celui de R. Bresson.

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senscritique.com

Là nous entendons s’élever la voix de Shakespeare, entre le souffle et le poids (La Tempête, acte 1, scène 2, réplique de Ferdinand) :

Where should this music be? i’ the air or the earth?
It sounds no more: and sure, it waits upon
Some god o’ the island. Sitting on a bank,
Weeping again the king my father’s wreck,
This music crept by me upon the waters,
Allaying both their fury and my passion
With its sweet air: thence I have follow’d it,
Or it hath drawn me rather. But ’tis gone.
No, it begins again.

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“La Tempête” par le Ballet du Capitole, blog.culture31.com .

Prêtons donc à Lyochka l’oreille, et l’attention qui s’émerveille, tout simplement grâce à son jeu veilleur qui fait de tout bois feu.

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senscritique.com

Quittons à présent notre Noé en canoë sur le finale du film qui cite Ferdinand :

Cette musique, d’où peut-elle venir ?  Du ciel ou de la terre ?

La voilà qui s’arrête…

Qu’il nous soit permis d’ajouter en traduction la fin de cette réplique :

Près de moi cette musique a glissé sur les eaux,

Apaisant à la fois leur fureur et mon chagrin

De sa mélodie si suave. Alors, je l’ai suivie,

Ou plutôt elle m’entraîna, mais elle a disparu.

Non, voici qu’elle jaillit à nouveau.

De la toile, cirée de rêves soviétiques, à la sortie du “gris”, à l’essor harmonique, la vie enfin aura les vivantes “couleurs” de ses humbles acteurs, avant tout amateurs ! Entre poudre de perle et poussières d’étoiles, faisons en sorte que la bonté se dévoile.

 

One Reply to “De la souffrance à l’espérance.”

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