Nous avons dans le billet précédent évoqué la joie d’une bonne nouvelle. Mais d’où sort et à quels mots fraternels se relie le terme de joie ?

Puisque nous ne sommes jamais, pour citer un ouvrage récemment présenté par le même blog, sans le latin ni le grec et que ces langues mères ne restent pas étrangères aux expressions ni aux tournures dérivées d’elles pour tisser les langues de l’Occident, regardons de plus près, par un rapide examen tant lexical que sémantique, la joie.

En français, la joie découle du latin gaudium désignant une forme de plénitude profonde qui peut se propager. L’équivalent grec chara (XAPA) se rapproche quant à lui de la notion de rayonnement : il entretient un étroit rapport avec la grâce  – ce don gratuit perçu tantôt par l’oeil, tantôt par le coeur ou l’âme dès lors capables de rendre… grâce ou de congratuler, avec le courant souhait de bienvenue, mais aussi avec les Charites présentes ci-dessus dans “le Printemps” de Botticelli (www.ac-creteil.fr) et avec le charisme irrésistible émanant d’une généreuse personnalité.


Les langues soeurs du français ne sont pas en reste, puisque l’allemand exprime la joie (Freude) dans la sphère même où vibrent les termes anglo-saxons désignant tour à tour l’amitié (all. Freund, angl. friend), la paix (all. Friede) et la liberté (all. Freiheit, angl. freedom). Sans doute résonne en cet espace, plus juste encore que le nom du docteur Freud, l’hymne à la Joie de Schiller et de Beethoven…

C’est d’autant plus probable que nos oreilles sont devenues progressivement européennes. Or, comme nous l’avons affirmé déjà dans ce blog, la vue entre plus que l’ouïe dans la dynamique de l’Europe. En effet, l’étymologie grecque attribuée à ce nom d’origine proche-orientale est Eury-ope, donc le contraire de my-ope et l’équivalent de Vaste-Vue : il semble avoir ainsi préfiguré, peut-être porté, la trajectoire et la vocation européennes ; car il apparut dans le peuple phénicien qui fit naître également la navigation hauturière ainsi que l’alphabet voilà trois millénaires, et il désignait alors… le Crépuscule !

Considérons donc de plus près cette immense famille lexicale dans son arborescence indo-européenne capable d’élargir nos perspectives. En effet, par divers radicaux se combinant avec souplesse, elle associe à la vue (substantif d’action du verbe latin video),

non seulement l’image (dans IDée, IDole et kaléIDoscope), mais aussi le savoir puisque vOIr est parallèle à l’OIda grec indiquant le résultat de la vue qu’est la connaissance,

puis le belVEDère et le panORAMA, enfin l’OPtique, le synOPsis et même, selon certains, la VItesse.

Il ne faudrait pas négliger la racine purement latine qui fait aboutir l’action de regarder à TUtelle et inTUition, donc la protection à la prospection, ni celle, plus répandue, qui relie précisément le reGARD à la GARDe, ni l’accord entre l’obSERVation et le SERVice, voire le salut.

C’est donc un rôle passionnant que nous confie réellement le mythe d’Europe ; parce que “l’essentiel est invisible pour les yeux” d’après Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, suivons par l’esprit la souterraine course des sources nourricières. A nous d’inventer à partir d’elles, avec joie  et ensemble, les combinaisons de la perception avec l’action, de la beauté avec la vérité comme le suggère le kaléidoscope mentionné et inséré ci-dessus, de la parole avec l’envol, de l’harmonie avec la démocratie, des aventures futures avec la culture : bref, la liberté solidaire.

One Reply to “D’autant plus vite et plus loin circulent nos sources qu’elles se dissimulent.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *