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Cliché Théâme.

Après un passage sous la pluie le long de cette palissade, Théâme a remis la main dans la bibliothèque familiale, en l’honneur du nouveau Nobel de la littérature, sur la première édition de Rue des Boutiques Obscures. Si, derrière ce titre crépusculaire de Patrick Modiano, la musique avance d’abord en “titubant” (page 48), la mémoire ouvre bientôt un “dédale magique qui sentait le troëne et le pin” (p. 76) pour déboucher face au lagon final : “Sur l’eau couraient encore des ombres gris mauve, en une vague phosphorescence.” (P. 214.)

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Peut-être le rythme et la mélodie tissent-ils la merveille qui fait danser les corps les plus malades, les âmes les plus lourdes et les communautés les plus éprouvées. Quand, dans la seconde saison d’Ainsi soient-ils ! (quatrième épisode), l’Enfant Jésus brisé – comme sous l’ultime plume de Georges Bernanos et sous la tourmente révolutionnaire qui emporta les Dialogues des Carmélites – laisse place à “la liberté faite Homme”, alors apparaît la musique, telle une homélie polyphonique, tel un accouchement qui met aussi au monde une mère ou bien encore à la manière d’un mystérieux escalier rédempteur. Oui, la caméra sait égrener dans le cœur du spectateur son virevoltant chapelet de pensées, sinon de grâces.

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Un chef de choeur dans “Ainsi soient-ils !”, mediaarte.vod .

Au moment où l’enfance reçoit comme une promesse de soutien planétaire et comme un hommage reliant les âges le double Nobel de la paix, un cinéaste trotte vers l’avenir sur sa monture de souvenirs : ce n’est rien moins que Le Paradis où nous invite Alain Cavalier, entre l’infime et l’ouïe intime, entre les fruits mûrs et les bruits, entre le silence et d’autres cadences, entre les mythes de l’Antiquité vive et les nouveaux rites pour acquitter, entre les murmures  des choses et la concertante aube rose… En exil, en péril, la danse nous lance, non sur un roman ni sur un volcan, non pas vers une distinction universelle, mais vers l’accord d’une justesse fraternelle. Dansez sinon nous sommes perdus ! Dansons sinon vous manquez le but… Ensemble dansons, car nous sommes solidaires pour cultiver et pour cueillir la paix sur terre.

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“Le Paradis” d’Alain Cavalier, s1.lemonde.fr .

L’enfant dans ce film chantait en allemand. Ecoutons encore danser Pina Bausch, dans l’offrande cinématographique composée pour elle par Wim Wenders et dont le titre est l’ordre sans fin répété par la chorégraphe “Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus”, sur ces expressions traduites de l’allemand par Théâme : “Est-ce de la danse ou du théâtre ? Ou simplement, seulement, la vie – l’amour  – la liberté – le combat – la nostalgie – la joie – le désespoir – la réconciliation – la beauté  – la force ? Dansez, dansez… sinon nous sommes perdus.

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