Mulhouse, Cité ouvrière : une glycine en couronne.

Quels mystères palpitent dans les langues qui pourtant nous proposent la clarté ! Combien de sens et de contraires tanguent jusqu’à la rive de la vérité ! En grec voisinent commencement et commandement… En langue latine, la limite désignée par la fin ouvre la perfection comme un matin : songeons à cette fin‘amor courtoise, bien plus enivrante que la cervoise ! Pensons au “fein“, au “fine”, anglo-saxons. Mais il est encore d’autres leçons : des fonctions ou des lignes sont affines et les mathématiques déterminent même des couronnes de points. Une couronne nous confine, mais d’autres se montrent affines. Déjà le sans-fin n’est plus loin : l’humble couronne d’épines semble avoir servi de nid à la couronne de glycine qui lui dit doucement merci.

Prédelle de la Crucifixion : page 82 de l’ouvrage
Grünewald – Le Retable d’Issenheim” par H. Geissler, B. Saran, J. Harnest,
A. Mischlewski (avec des photos de Max Seidel), publié par l’Office du Livre, Fribourg,
et la Société française du Livre, Paris, 1973-1974.

De la graine circulaire à la couronne solaire, l’énergie en rond suscite le bond. Qu’elle sache pourtant assainir les masures, édifier un barrage à toute démesure, négocier le virage vital pour sortir du vertige viral ! Faut-il se réfugier sous l’ombre végétale parmi les ardentes couronnes des pétales, pour ne plus s’inviter, seulement s’éviter, pour que les portes se ferment aux couronnes d’affreux germes ?…

Watteau, “L’Accordée de village”, détail du paysage, page 421 de l’ouvrage
de René Huyghe,”L’Art et l’Âme”, Flammarion, 1960.

Comme surgi d’un poème de Verlaine, soudain règne un “paysage” moisi…
“Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques”.

Une Bonne Nouvelle heureusement brise le charme du cercle magique, lorsque le Ressuscité brusquement chasse la tristesse et le deuil tragiques :

Lc 24, 41 : “Mais, comme ils refusaient encore de croire, sous l’action de la joie, et qu’ils étaient frappés d’étonnement, Il leur dit : Avez-vous quelque chose à manger ici ?

L’évangile du jour dans l’octave de Pâques ne retentit plus sous la catacombe opaque, mais sur un écran cathodique de flamme et d’élan catholiques, pour la “communion spirituelle” par l’union d’action plus actuelle que virtuelle. Car l’Esprit infini commande et commence un aimant silence qui ne périt pas, mais guérit, qui rayonne et couronne.

Capture d’écran de KTO, transmission en direct de l’Eucharistie du 16 avril 2020 célébrée par le pape François à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe au Vatican :
lecture de l’acte de “communion spirituelle”.

C’est ainsi que Georges Bernanos décrivait, pendant la deuxième guerre (“Lettre aux Anglais”), l’eucharistie avec une sereine et sainte discrétion qui permit sa mort sans nulle plainte : “une minuscule hostie blanche… ce qui m’est mille fois plus cher que la vie”. Une Couronne affine, puis délivre, illumine ensemble, les humains qui lui tendent les mains.

Vatican, 16/04/2020 : exposition du Saint-Sacrement dans l’ostensoir
sur l’autel de la Maison Sainte-Marthe.

One Reply to “Couronne affine.”

  1. Je te salue, Théâme, et te remercie pour cette riche méditation sur la couronne, à l’heure où un avril viral couronne les bois d’une si profuse verdure, à l’heure où ce qui nous confine en secret nous affine, dans ce mouvement sans fin où “tout finit par concourir au bien de ceux [que Dieu] aime”. On songe aussi à la promesse faite par l’ange de l’Apocalypse à Smyrne : “Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de Vie” (Ap 2, 10). On y trouve le commandement, on y trouve une apparente fin, et on y trouve ce recommencement de la Vie que signale la couronne. Tresserons-nous avec des rameaux d’avril des couronnes de confinement, soeurs de celles de l’Avent, où nous allumerons des bougies le dimanche, qui seraient comme des ostensoirs de notre commune présence et de la présence eucharistique ? Oui, comme une “accordée de village”, tâchons d’accorder nos vies au buvard de l’événement. “Epouse et n’épouse pas ta maison”, dit encore Char. Epousons et n’épousons pas L’OURSIN VORACE. Sous la couronne d’épines qu’il pose sur notre liberté se cache peut-être une glycine. Alors jouons de finesse et soyons les moyens de nos fins.

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