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L’autre jour, à la cité de Cronenbourg, une colombe a frémi dans ses plumes et membrures d’un chant reçu de loin. La grande île de Madagascar semblait venue à tire-d’aile rayonner de tous ses visages et chanter de tous ses ramages.

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Précisément comme dans le terme ramage unissant les ramures des arbres et les chants de leurs hôtes, c’est l’occasion d’associer les métamorphoses du bois et les espèces d’oiseaux : le même substantif de colombe ne signifiait-il pas dans le français du XIIIe siècle tout aussi bien la solive pour colonne (proche du verbe culminer) et l’oiseau que les Grecs anciens désignaient plutôt par sa teinte bleue ?

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Nos colombes et nos colombages sont donc reliés par les sons plus que par le sens ; mais ensemble ils s’élancent pour faire signe. Dans une ville comme Strasbourg, fleurie autant de colombages que de discussions, la colombe de l’Esprit comme de la paix fait souvent entendre sa voix impérieuse et gracieuse : par exemple à l’occasion du Forum Mondial de la Démocratie de Strasbourg, quand MEDIAPART a relayé commentaires et réflexions même avant son ouverture.

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Je ne suis pas née en Alsace, mais je suis sûre que l’Europe est née à Strasbourg, non seulement, au milieu du siècle dernier, du salutaire sursaut produit par deux guerres mondiales, mais aussi, depuis plus de deux millénaires, du  rôle joué par cette plaque tournante d’échanges culturels autant qu’économiques. Sur quels tons faudra-t-il répéter en outre la remarque de bon sens « le siège de Strasbourg offre l’hémicycle le plus vaste et le plus central à l’Union européenne » pour que l’Europe reparte… dans le bon sens ?

De fait, le noyau d’histoire et le nœud de routes que constitue la capitale alsacienne sont logiquement entrés, au cours des précédentes décennies, en efficace résonance avec les deux autres pôles de cette Union. Paraphrasons donc la définition pascalienne de l’univers sans pour autant sombrer dans une ridicule emphase, mais en gardant le cap sur la liberté solidaire qui sous-tend depuis trois mille ans l’évolution européenne, contre vents et marées : par nature et par construction, l’Europe est une sphère unie dont le centre est partout, mais où la conscience et l’action peinent à venir au monde. Aidons-la, non à détricoter ses mailles, mais à prendre et comprendre ses responsabilités.

Ironie du sort et réponse de la réalité : c’est au moment où la capitale européenne semble s’enfoncer dans la grisaille automnale, où elle est secouée par les pires controverses et remous, que l’on voit programmées à Strasbourg et parfois simultanément – juste après la remise du prix Sakharov à Malala Yousafzai, juste avant le rassemblement de Taizé – des agoras comme l’antenne des Semaines sociales de France, le Forum Mondial de la Démocratie et l’université d’hiver des Chrétiens de la Méditerranée ! (MEDIAPART, 22/11/2013.)

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Strasbourg est donc, pour quelques jours, devenu lieu de rencontres et de propositions sur le thème déjà précisé par Théâme Retisser la démocratie : connecter les institutions avec les citoyens à l’ère numérique.

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Trois questions méritent sans doute encore d’être rappelées après le débat organisé le 23 novembre à l’Aubette. La première est posée par le propos de M. Dévoluy : comment “aller de l’avant” pour et dans une “société” qui “recherche fébrilement la solidarité” ? C’est M. Libera qui a prononcé l’autre : jusqu’à présent, “quel déclencheur autre que les guerres ?” Celle de F. Heisbourg ouvre une perspective : “Comment redonner du poids au Parlement européen” ? Mais dès lors s’impose une question plus pressante : comment éclairer et motiver les citoyens européens pour qu’ils exercent pleinement leur droit de vote lors des élections européennes, le printemps prochain ? Dans cette urgence et dans cette quête d’Europe toujours recommencée, les atouts numériques sur lesquels porte ce Forum Mondial de la Démocratie devraient pouvoir jouer leur rôle positif. (28/11/2013 MEDIAPART)

Pour clore en ouverture les échanges permis par les Laboratoires de ce Forum Mondial de la Démocratie 2013, le Conseil de l’Europe en a répercuté les leçons polyglottes présentées dans le temps imparti par la sonnette ; ces initiatives et idées ont fait l’objet d’un digne vote, accompagnées de cette interpellation juvénile, de ce ferme rappel, lancés aux animateurs  : “S’il vous plaît, nous ne sommes pas des numéros : chacun, nous portons un nom… La démocratie est depuis l’origine fondée sur la rencontre physique !”

Le lendemain, la municipalité de Strasbourg réunissait justement et réellement son Conseil des jeunes.

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Tous se passe donc comme si même les pierres noires de Joseph Malègue, un auteur cher au pape François,  pouvaient jalonner un chemin clair.

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Dans son roman Augustin ou le Maître est là que s’apprêtent à rééditer en 2014 les Editions du Cerf, Joseph Malègue rapporte certes cette querelle entre élèves où le symbole de la colombe est outragé :

Il regardait Augustin de bas en haut, à cause de sa taille ridiculement petite, supplémentée par de hauts talons.

– La colombe savante est bien mal. Je porterai sur sa tombe une mesure de grains purs, dès que mes vénérables parents m’auront donné trois drachmes.

– Ils le feront certainement, siffla Augustin, quand tu seras plus grand et mieux élevé.

Mais, sur les traces du romancier français aussi éprouvé que tourmenté, le Pape vient de recommander dans son Exhortation apostolique la voie de la beauté, Via Pulchritudinis, pour la Joie de ceux qui portent et qui reçoivent une Bonne nouvelle ; « Ils renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes […], ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31). Ne nous laissons pas voler l’espérance… [ni] la communauté… [ni] l’idéal de l’amour fraternel.

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Dès lors, colombe et colombage retrouvent leur altière parenté de lumière, leur canopée plus forte que toutes les épopées ; dans le film Il était une forêt de Luc Jacquet et de Francis Hallé, humour et musique déploient les fractales de la responsabilité : la forêt équatoriale unit certes dans ses cycles grandioses moabis, cécropias et passiflores, mais elle met en œuvre également la synergie des règnes et des poésies par-delà les proses de la symbiose.

2 Replies to “Colombe et colombage.

    1. Heureusement, Jean-Yves, que la boulangerie de la paix a du pain sur la planche autant que la colombe a de plumes pour le porter et le partager… A toi, bonne fin de trimestre et d’année, en pente douce vers la Nativité !

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