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Il est des matins où les cimetières, par des parkings emplis d’un afflux infini, se préparent à cueillir la lumière. En tremblant, noir et blanc, la mémoire s’y fait hospitalière : “Ils sont vivants !” Et ce message, sur nos battants, sur nos voilages, change le temps en équipage et puis la mort en chœur d’essors.

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Parking bondé d’un cimetière de Strasbourg, cliché Théâme.

Dès lors, sur les manteaux en deuil, des mains de neige se serrent tout autour du silencieux manège, et soudain le monde officiel n’a plus rien de superficiel. “L’Europe est devant nous, et non derrière : elle est politique”, a dit en substance à Paris le ministre italien Matteo Renzi ce dimanche 11 janvier 2015, où certes l’Eglise fêtait le baptême du Christ, mais où naquit aussi le souffle dont l’espérance et le courage ont besoin. Oui, “marchons, marchons, qu’un” … chant plus pur entonne l’unisson !

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Strasbourg : rue des Charpentiers le 12 janvier 2015, cliché Théâme.

Le même jour, Matin et Soir devinrent Seuils pour que lentement se transforment les cercueils en formes de promesses, en jalons de tendresse. Là, comme un fruit, parmi les bruits, pousse et mûrit l’herbe sur le puits du “Verbe”, entre mer et vent : dans le “vaste et vieux silence”, un théâtre de distance, non installé, mais décalé, sautant sur des estrades gigognes, à la “crique du Couchant” se cogne, jusqu’à ce que ne fassent “plus qu’un”, sur “la barque pontée”, les défunts avec la vibrante salle des monologues intérieurs, dont chacun repart chasser les dogues, sans fracas, pas à pas, comme un sapeur contre les peurs…

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“Seuils” : salut de La Compagnie Les Gens, cliché Théâme.

On dirait que Noël n’en finit pas de faire son apparition pour réconcilier la terre avec l’air et l’onde, les jeux et le feu, pour que les “inutileries” à la Sainte-Barbe sourient, et pour qu’Emmanuel, plus loin que l’usuel style romanesque, côtoie une Génie sous l’attentive plume de berger que tient – qui tient – Roger Bichelberger. Les cinq nouvelles ou novellas qui forment Noël était venu sans rien dire à personne se parlent entre elles, nous parlent de nos régions sœurs entre elles, parfois d’un père appelé Georges Bernanos qui n’a pas disparu, mais dont l’inspiration bourdonne également entre ces pages, et surtout du mystère épiphanique : il

” va saisir le roseau

pour tracer les signes

guetteur parmi les hommes

guetteur de jour et de nuit”

pour voir surgir le “tournesol vivant”, tandis que “des merles se tutoient d’une antenne de télévision à l’autre”. Le Char Liberté de notre “communauté internationale” ouvre les ombres à la clarté matinale : il sait transporter sur la vaillance la bienveillance, sur notre “télé-division” une large “Europe-Vision”, sur le doute une écoute et l’amour sur l’humour. Ne nous voilons pas la face, mais aménageons l’espace en veilleurs du meilleur, au-delà des cimetières, de rassemblements en recueillement, pour partager la lumière.

dscn6928
osmosource.fr

 

 

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