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Après le bain aussi bienfaisant qu’humiliant, dans un poignant contrepoint de silence et de bruits inhumains le minéral et l’aliment semblent offrir l’unique lien palpable avec le réel, avec l’espérance. Les mains de l’arbre se nouent à celles du service : les Sœurs de la misère emmènent patiemment jusqu’à l’alléluia dément, jusqu’à l’esquisse du sourire. Quelqu’un semble veiller sur l’autel, attendre dans la tendresse celle qui s’avoue “arrachée de son atelier”. Le cloître alors desserre ses verrous sur la glaise toujours fascinante pour ces doigts sculpteurs, ou sur les cailloux qui montent entre chants et grand vent violent, mais clair ; puis Molière et le rosaire égrènent un gravier d’humanité. Si Paul Claudel, le petit frère de Camille par la naissance comme en génie et névrose, se récite une grandiose prière lyrique entre l’ombre et l’adoration, s’il écrit ensuite nu dans la nuit à une inconnue qui aurait commis en elle le même meurtre que sa sœur, il semble voir en elle le reflet de ses propres démons, de son destin de forçat enchaîné à l’orgueil comme à la grâce : “Tout est parabole… Pas de pire métier que l’art : le génie se paie”, reconnaît-il. D’ailleurs, un grand ange difforme et bouleversant paraît veiller à sa place sur Camille, qui murmure sous les traits apaisés de Juliette Binoche à la fin du film de Bruno Dumont “Je vais m’asseoir à la lumière : j’y suis tranquille”.

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Dans la même lumière, Geneviève Asse foule depuis quatre-vingt dix ans une autre route: celle de la ligne et de la couleur heureuses. A Strasbourg en ce moment, à la Galerie Chantal Bamberger, à l’occasion des Rencontres organisées pour “Traduire l’Europe”, elle nous en montre quelques stations sous le titre “Europe bleue”, entre le parfum de la peinture et celui du pain, par un azur bourgeonnant .

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“Cette couleur est venue spontanément à moi. Il y a toujours eu du bleu dans ma peinture, mais il a grandi à partir des années 1970. Il est venu me chercher, puis s’est graduellement répandu. D’abord ce fut des bleus de toutes sortes, ensuite un bleu différencié qui m’appartient vraiment, je crois. Petit à petit, j’ai trouvé mon bleu. J’avais utilisé des bleus foncés et des bleus très clairs avant d’arriver à ce bleu personnel, qui mélange des gris et d’autres bleus“ (Entretien de Geneviève Asse avec Silvia Baron-Supervielle). A nouveau, la lumière nous relève sur nos chemins de Croix, pour les voies de la joie.

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Anne Miguet module à sa façon cette exigeante, mais surabondante, rédemption. Dans Tu te rappelles, papa ?  la Normalienne, Agrégée de mathématiques et mère de famille nombreuse, relit et donne à vivre les pages de son enfance, comme une initiation tour à tour grave et rieuse, poétique et simple à la fois : “Tout finit pas sourire à l’esprit de prière”, dit son père, même atteint par le grand âge. D’ailleurs, “va-nu-pieds et prostituées [nous] précéderont au royaume de Dieu” (Bonne Nouvelle de Matthieu, chapitre 21), a-t-il suggéré avec son épouse à leurs quatre enfants, et sans aucun doute à leurs nombreux petits-enfants.

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