Sixième recueil poétique de Martine Blanché, La Saison infinie, Jérôme Do. Bentzinger Editeur, 1er trimestre 2021 : première de couverture illustrée par l’auteur (https://www.printempsdespoetes.com/Martine-Blanche).

Entre les homophonies (venues de caro ou bien de cardo) d’expressions fausses amies, entre charniers et charnières, entre fumiers et lumière, entre le Brésil et l’odieux grésil de la pandémie, entre Birmanie belle et soldats assassins, réapparaît le dessin clair de l’étude sans solitude.

https://www.francebleu.fr/infos/insolite/marne-un-tableau-de-fragonard-estime-a-2-millions-d-euros-retrouve-par-hasard-dans-un-appartement-1616689897

Fracassant Fragonard, comme exhalant le nard d’une essence plus capiteuse que la chair la plus généreuse ! Une compulsion se fait contorsion en contre-plongée contemplative, un doigt tendu dans l’expectative de la solution qui viendra d’une page plus haut, et d’un appel illisible, mais éclairant avec l’esprit le corps souffrant…

Mulhouse, le temple Saint-Etienne en rénovation.

Par-dessus l'”odeur de charnière” qui nous hante, puisque “le ciel déploie ses lumières changeantes” dans nos parages vécus comme aux peuples perdus dont l’âme revisite les pérennes pépites, Martine Blanché célèbre sans bruit, “entre ancrage et voyages”, une saison infinie et ses fruits, en hommage à Claude Vigée, maître de la vie non figée, de la mystérieuse inspiration travaillant à la libération. Certains personnages, par nos humbles écrits de transparence épris, traversent les âges : soit “Héros d’un autre siècle ou de moins de vingt ans”, soit “Murée dans le silence du tympan roman”. Lentement l’enfance accède à la danse, car chaque “pied meurtri s’élève à l’infini”. “La pente aspire à la marche montante”, la glèbe même se fait moutonnante,

Abbaye d’OElenberg.

Car, aux pieds du Corcovado comme aux plis de notre Sundgau, “Ciel et terre s’unissent entre les bras souverains”. L’alouette entre en scène, et son chant transfigure les champs de blés en herbe : autant de gerbes invisibles et pourtant des oisillons voletants paraissent faire tressaillir la plaine comme si nous entendions bruire La Fontaine, ou le vieil Esope qui rit :

Les Alouettes font leur nid

Dans les blés, quand ils sont en herbe,
C’est-à-dire environ le temps
Que tout aime et que tout pullule dans le monde :
Monstres marins au fond de l’onde,
Tigres dans les Forêts, Alouettes aux champs.

Fable de Jean de La Fontaine, L’Alouette et ses Petits avec le maître d’un champ.

“Dans le champ de l’absence et de la nostalgie” où guette Martine Blanché, le cœur vers l’essentiel penché, résonne l’appel de l’harmonie infinie. C’est ce que dit le dimanche des Rameaux : la mort ne peut pas avoir le dernier mot. Sur les charniers tourne la charnière qui vient nous tirer de nos ornières lorsque la grelottante heure d’été nous accueille au seuil de l’éternité.

Campagne environnant l’abbaye d’OElenberg.

One Reply to “Charniers et charnières…”

  1. Merci pour l’alouette, cette “extrême braise du ciel”… “Fascinante, on la tue en l’émerveillant”, disait René Char. Et chante Martine Blanché, avec cette voix ardente qui monte au creux de la terre au réveil, qui monte, monte éperdument jusqu’au soleil, avec ses saisons infinies déclinées dans le silence de l’infinie confidence, ce soleil qui ne lâche pas sa charrue qu’il n’ait délivré l’âme de sa pesanteur. Car les poètes ne font que semblant de pleurer. Nulle agonie qui dans le fleuve des mots ne trouve sa gondole, Venise Porto Berlin Nice Bahia Soultzmatt : ici les azulejos, là-bas le cerisier qui ressemble à celui de Balthus… Chut, l’oiseau retient son chant et le coeur de cet oiseau n’est pas distinct du coeur du monde. Les rires sont intrépides comme des danseurs et la fraîcheur est saisissante comme ce prophète de Fragonard dans la saisie de son inspiration. Mary se vide de son lait comme Marie au pied de la croix en ce jour du Vendredi saint se vide de ses larmes au champ de l’impuissance, tout près du cruel partage des vêtements… Oui, ils se chevauchent, tous ces mondes, ils ourlent les vagues, ils absorbent nos prières, ils tournent sur les gonds de nos rêves à la charnière émue du ciel et de la terre, là même où loin des charniers amers le Corcovado ouvre ses bras et sourit à la sainte de Paris tournant le dos à Notre-Dame. Geneviève peut-être pleure : mais le Christ déjà se tient debout. Martine, elle, chante, fût-ce par temps de pandémie : chantez encore et nous serons sauvés.

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