In Memoriam Marie-Odile Meyer-Meder.

Toute révolution entraîne un bouleversement individuel et collectif. La première fut celle du contact que les Phéniciens établirent, de 1500 à 1100 avant notre ère, à mi-chemin, mais aussi à partir, des grands peuples du Proche et du Moyen-Orient : d’une part dans le désert du Sinaï où ils firent jaillir leur alphabet lumineux, d’autre part sur leur territoire, le rivage actuel du Liban et de la Syrie, d’où ils lancèrent leur navigation hauturière, plaçant leur double invention sous le signe familier du taureau. C’en était pour toujours fini des clivages insurmontables comme des infranchissables frontières : l’enlèvement d’Europe donne à cette première révolution sa figure mythique autant que son élan dynamique, du Crépuscule impliqué par son nom phénicien à la Vaste Vue perçue après son adoption par les Grecs.

 

 

La deuxième révolution se déroule presque parallèlement à celle du contact ; elle est celle de la relation religieuse personnelle, du dieu unique adoré par un être humain unique, en même temps et au même titre que par ses frères : c’est également au Proche-Orient que naît le monothéisme.

La troisième révolution s’appelle l’Evangile ou la Bonne Nouvelle, accomplissant le monothéisme juif plutôt qu’il ne l’abolit : c’est la révolution de la grâce, instaurant l’âme comme le souffle frais, sans fin rafraîchi par Dieu, sans cesse rafraîchissant pour les hommes, qu’y reconnaît la langue grecque. Dans ce contexte, la psyché n’est pas objet d’investigation, mais sujet d’un dialogue libre et créateur, intime et fédérateur, où la conscience est souveraine.
La révolution française fut certes la fille indirecte, violente et trop lointaine de la révolution chrétienne, mais son esprit reste capable de revendiquer, d’instaurer, de défendre et de répandre les droits de l’homme, de la femme comme de l’enfant.
Quant à la révolution numérique en cours sous nos yeux et sous nos doigts, qu’en ferons-nous pour développer la démocratie et la justice, promues par les quatre révolutions précédentes ? Saurons-nous mettre ses immenses ressources au service de la conscience, de la liberté, mais d’abord de la vie qui crie partout famine et douleur dans les talus de l’inégalité, dans les fossés de la corruption, sous les montagnes de nos ordures bouchant l’air et la lumière, alors que nous avons reçu en dépôt la fraternité ? Le vivre ensemble cher à H. Arendt et P. Ricoeur ne mérite-t-il pas de déclencher d’urgence une autre révolution ? Stéphane Hessel et les Indignés la réclament sur toute la planète. Par bonheur et depuis 2500 ans, à travers les malheurs et le sang, le souci de l’âme qui portait Socrate continue de nous remettre en route au-delà des obstacles et des doutes, telle Europe dont la peur se fit amour, dont l’exil devint fondation, dont l’enlèvement nous offre fidèlement le relèvement…

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