Marseille 2013, première saison du MuCEM : honneur à l’antique reine syrienne Zénobie.

Les annuelles Capitales européennes de la culture sont choisies par deux en fonction tant de leur passé que de leur potentiel, comme des consuls de la république, non plus romaine, mais européenne et culturelle, d’est en ouest et d’ouest en est. Quelle émulation, assortie de quelle responsabilité ! Quel défi relevé par sa fécondité : à Marseille en 2012-2013 comme, quatre ans plus tard, à Wrocław qui va bientôt accueillir la rencontre internationale des jeunes sous l’impulsion de Taizé !

La vieille cité polonaise fit ainsi jaillir en 2017 un splendide film d’animation, fédératrice et novatrice, sur le grand Néerlandais Vincent Van Gogh d’une part en ranimant littéralement sa peinture, d’autre part en conjuguant des talents britanniques et polonais : La Passion Van Gogh. Sous-tendue par la course héroïque et tragique d’un précieux courrier fraternel à travers la France, cette réussite allait sur ce sujet bien au-delà de l’Atelier des Lumières.

Paris, 2019 : Van Gogh en immersion à l’Atelier des lumières.

À voir ce presse-papier qui montre en miniature une estampe japonaise copiée par sa main, l’on dirait que le génie de Vincent vainc même la matière, le temps, la distance et la pluie !

Estampe japonaise copiée par Van Gogh : en miniature et en inclusion dans un presse-papier.

L’eau foulée par les bonds et les jets d’immobiles grenouilles à Mulhouse nous envoie soudain plus loin vers d’autres ponts qu’éclaboussent les mêmes trombes grises.

Mulhouse, place de la Paix au pied de l’église Saint-Etienne… “Fontaine aux grenouilles” de Quentin Garel.

Mais parfois ce sont des anges qui s’essuient les ailes rouges au tablier des ponts, sans cesser de prendre le quart à quatre sur l’échangeur de trafic eur-OPéen – de part et d’autre de leurs garde-corps aux ailerons d’aurore – , mais sans non plus que les bolides veillés par eux les VOIEnt sous le livide élan de leur VITesse aveugle. Dans leur tendre sollicitude, ils crient alors de l’un à l’autre par-dessus notre vacarme qui fonce, assourdissant et sourd : “Quand donc le pont aux anges supplantera-t-il le pont-aux-ânes ? Rouler VITe, cela ne dépend-il pas d’une VISion parfaite, la nôtre ?”

Après plusieurs ondulations du béton comme ailé sur les ponts précédents entre Strasbourg et Sélestat, un viaduc éclaircit l’horizon de l’autoroute sous la forme de l’échangeur entre la D 1083 et l’A 35 : ces formes suggestives passent inaperçues et leur concepteur demeure anonyme, garantissant avec la beauté la sécurité.

Non, jamais la gloire – qu’il s’agisse de création ou bien d’humaines ovations – n’est ce qu’on peut croire.

Première de couverture de l’essai de F. Hadjadj “A moi la gloire“.

Avec nous, Fabrice Hadjadj s’en rapporte aux anges également : “Le cri des anges se retrouve désormais dans le silence des pierres”.

Quatrième de couverture de l’essai “A moi la gloire”, 2019.

Par eux la nuit recule : l’arc-en-ciel majuscule vient jeter un pont de pur diamant entre la terre et le firmament.

Arc-en-ciel d’automne entre ville et vignoble.

Alors nos yeux se lavent dans l’amour sans entrave qui porte et guide nos pieds, pour peu qu’on veuille l’épier, vers la mémoire d’une autre gloire : à venir, à tenir comme un Capital Culture, comme un bien commun qui dure.

Vincent Van Gogh, “Le Pont de Langlois”, avril 1888 : Fonds Mercator – Albin Michel, 1990.

 

2 Replies to “Capital Culture.

  1. On pourrait commencer par laisser Char faire écho à l’arc-en-ciel de ce billet : “Ô vous arc-en-ciel polisseur rapprochez le navire de son espérance, faites que toute fin supposée soit une neuve innocence, un fiévreux en-avant pour ceux qui trébuchent dans la matinale lourdeur !” Et aussi, pour ceux qui roulent trop vite sans voir les anges essuyant leurs ailes au tablier des ponts, sans converser avec les immobiles grenouilles de la fontaine place de la Paix à Mulhouse (avec un petit sourire en coin à Rana, la compagne étrange de la Ralentie de Michaux), chères grenouilles qui sont peut-être des princes, mais qui ne cherchent pas toujours “à elles” la gloire (de se faire aussi grosses que des boeufs !)… Salut au facétieux humour de Fabrice Hadjadj qui sans doute (comme chacun de nous peut s’y essayer) cherche à être “une vivante offrande à Sa gloire” et nul doute que pour OFFRIR cette gloire de Dieu il faille un peu la REFLETER. Quant à cet “A MOI”, j’y entends le “A moi, Comte, deux mots” du jeune Cid. Mais voici que, de pontons en pontons, on passe des dos d’ange aux dos d’âne et de Rana dans sa carriole à la reine Zénobie dans son MUCEM. Pour qui n’entre pas volontiers dans les musées, qui lutte en secret contre la muséification du monde, l’oeuvre anonyme des échangeurs ou celle des places et des façades parle encore autrement de cette culture nécessaire à nos villes. Il est beau que le septième art s’empare d’un peintre aussi ardent et passionné que frère Vincent et le porte à d’autres publics. Il est beau qu’une ville de la lointaine Pologne rassemble bientôt de jeunes chrétiens cherchant dans les cités et dans leurs vies comment être transparents à la gloire du Seigneur. Alors, en vérité, toute “matinale lourdeur” sera absorbée par le divin “arc-en-ciel polisseur”.

    1. Oui, les successives capitales européennes tissent durablement au fil des années la culture aux quatre points cardinaux : en quelque sorte dans le sillage de la princesse Europe enlevée, le premier jour de l’histoire, par une monture aérienne et terrienne à la terre natale de l’alphabet, de la navigation, qu’Europe transplanta l’un comme l’autre à l’ouest, et même de la future Zénobie…

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