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CALME… Un mot si simple qu’il est tour à tour adjectif et substantif peut aussi nous entraîner dans le dédale de ses racines.

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Car, si l’on en croit l’étymologie, le calme ne serait que le fruit desséché d’une excessive chaleur, de celle qui brûle à la manière d’un humour caustique ou bien, au sens propre, qui va jusqu’au douloureux cautère, au terrible holocauste, au bienfaisant hypocauste, de celle qui produit par intense cuisson l’encaustique, voire l’encre ! On retrouve même dans cette famille lexicale une parenté quasi parallèle à celle qui relie la flamme grecque du flegme souvent dit britannique à notre argotique flemme !

Mais, en le saisissant d’instinct dans leur élan vital, les poètes français associèrent plutôt le calme à la palme avec laquelle il rime parfaitement. C’est le cas de Paul Verlaine, certes en prison, mais orienté vers la Sagesse, dans ces vers universellement connus :

Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

C’est aussi le cas de Paul Valéry. Ce penseur et créateur égrena les Charmes d’une musique magique, impliqués par ce titre d’origine latine, jusqu’à la Palme qui semble sur une rime en diérèse (-si-on) épanouir ses fruits à venir :

De sa grâce redoutable

Voilant à peine l’éclat,

Un ange met sur ma table

Le pain tendre, le lait plat ;

Il me fait de la paupière

Le signe d’une prière

Qui parle à ma vision :

– Calme, calme, reste calme !

Connais le poids d’une palme

Portant sa profusion !

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Nous voilà donc guidés par les mains et les yeux des poètes jusqu’à la contemplation, jusqu’au bord de l’inspiration. Sous les crocs canins de la canicule, sous des ciels peuplés d’étoiles filantes, soudain passe un souffle silencieux dont les gestes en nous restent, comme d’un esprit bienvenu, bienfaisant et dansant, comme d’un ventilateur mis au point par une invisible équipe de poumons testeurs, d’ingénieux ingénieurs, d’ouvriers adroits et prévenants… C’est tout un art, aussi commercial que communicatif, de favoriser la respiration. N’entre-t-on pas ainsi, par les itinéraires les plus courants de la consommation occidentale, dans le mystère de l’âme, celle dont Manegold comme Platon eut le souci, celle qui, pour les Européens, porte le nom de Psyché, c’est-à-dire de l’haleine vivifiante et rafraîchissante ?

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Dans le conte d’Apulée Eros et Psyché adapté par La Fontaine, l’Amour et l’Âme s’aiment d’amour et, parvenus au bout de leurs épreuves initiatiques, se marient en nous entraînant sur leur chemin, vers les sources de la brise où l’être et l’air s’harmonisent.

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Des feux aux jeux, de la brûlure à la voilure, ne croyons plus que la chaleur rende nerveux ou qu’elle hérisse chacun de nos cheveux. Reprenons au contraire une libre envergure ; tranquillement le CALME a mené vers la paix, qui cherche à nous combler ensemble sans arrêt : ne pourrait-on en son honneur redonner vigueur à l’adjectif désuet rimant avec lui, qu’affectionnaient en France la Renaissance et le symbolisme, en droite ligne dérivé du latin, signifiant auguste et nourricier ? Tant il est vrai que, dans l’été bouillant, d’une ALME venue limpide, nous désaltère le calme.

 

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