Par-dessus l’autoroute, inclinés par l’écoute, quatre êtres ailés paraissent zélés
(A 35 à la hauteur d’Epfig dans le sens Strasbourg-Bâle).

Quelles abeilles viennent et veillent sur les ponts, sur nos bonds ?

Etuve (identifiée par M. D. Bourgeois, 1907) tendant ses petits bras métalliques
à l’entrée du laboratoire du Diaconat, boulevard Roosevelt à Mulhouse.

Quelles machines nous accueillent entre les virus et les feuilles ?

Porte du laboratoire du Diaconat-Roosevelt.

Deux têtes se penchent : passe le soin entre la douceur des touches et le souffle d’une bouche qu’on croyait irrémédiablement loin, tandis que la lettre T devient signe de santé…

Enseigne aérienne d’imprimerie mulhousienne.

Dans le ciel de la ville modeste, le salut d’un mot s’imprime et reste.

Mulhouse, cheminée de l’ancienne Tuilerie : “L’Homme-Oiseau” de Louis Perrin.

Le long des cheminées, qui pourra l’attraper, cet appel inaudible et prêt à nous happer ?

Friche DMC de Mulhouse : construction du plus haut mur d’escalade d’Europe.

Suffit-il d’étrenner un futur mur d’escalade, ou vaut-il mieux suivre de l’oreille l’aubade des passereaux dansant là-haut ?

Capture d’écran du téléviseur présent dans les chambres du Diaconat,
comme une libellule animant les cellules…

Pour finir, embarquons : ce vaisseau médical se montre musical et – bien mieux – amical par l’équipage de ceux qui soignent, par le chant infirmier doucement fredonné (tandis que la grève continue de sonner), par le clair dévouement qu’ensemble tous témoignent. Nul besoin de partir pour la Chine comme le romancier cinéaste Jean-Philippe Toussaint qui écrivait dans Made in China : “C’est la réalité elle-même alors qui, vacillant sous mes yeux, paraissait s’envelopper soudain d’un voile de fiction.”

Made in China de Jean-Philippe Toussaint.

Car il s’agit toujours d'”aimanter du vivant”, par le labeur littéraire qui tourmente et charpente la quête de cet écrivain comme de tant d’autres.

Quatrième de couverture de Made in China, de Jean-Philippe Toussaint.

Dans un bâtiment hospitalier, l’on peut aussi se sentir délié du temps ou de l’espace quand nous joint chaque soin, dépasser les impasses, avec Andreï Makine partir “Au-delà des frontières” pour franchir les dérisoires limites des jeux trop humains, des vices mondains : jusqu’à ce qu’enfin habitent en nous, non la juste paix, mais le trésor des creusets, mais une “Alternaissance” dans “la pérennité”, mais une tendre tendance à la fraternité, voire au mystère portant la terre.

Au-delà des frontières, roman d’Andreï Makine.

Dès lors, la liberté veut entrer à travers lucarnes et fenêtres dans l’hôpital toujours éventré par l’incapacité de connaître l’infime ressort écartant la mort. La misère et la guerre elles-mêmes semblent parfois reculer sur des fonds aseptisés, immaculés…

Capture d’écran d’un montage d’extraits du film Paris brûle-t-il ?
rediffusé par Arte cet après-midi du 30 juin 2020.

DIACONAT signifierait-il mordre – puisque le soin simple nous joint – la POUSSIERE pour mieux SERVIR l’ordre qui sait guérir et rétablir ?

Ensemble, oeuvre collective (2017-2019) ornant le hall du Diaconat-Roosevelt :
les plaques de céramique aux motifs de colombe, de chaîne de maillons, de ronde,
ont été créées lors d’un séminaire d’encadrement pour incarner les valeurs du Diaconat
et parachevées par le plasticien Sylvain Berst.

En tout cas s’ouvre, dans les portées d’un texte dense, dans les allées grises de la ville au pilori, la lumineuse porte d’un cri, qui d’abord crépite et puis ressuscite à l’accord de l’Esprit les corps endoloris.

OEuvre de Samuel Bury selon l’évangile de Marc : 16, 1-8.

One Reply to “C’est le soin qui nous joint.”

  1. Qu’il est ému, ce billet consacré au soin et à cette part active du soin du monde qui se déroule entre les murs immaculés d’un hôpital ! Car, depuis le Covid-19, nous n’avons cessé de joindre à nos messages un “prenez soin de vous”. Tout soin joint et rejoint le Dieu qui sauve et qui guérit, lui qui n’est “pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades”, lui qui de toute éternité nous “précède en Galilée”. Art du soin, art de guérir l’un à l’autre joints, car “la guérison ne rend ni le corps d’hier ni le temps perdu. Mais exiger d’elle qu’elle rende, c’est refuser qu’elle donne (…) elle donne un corps fragile et émerveillé d’être vivant( …) Il faut guérir pour désirer plus que guérir”. Ainsi s’exprime dans MAGNIFICAT Christelle JAVARY en résonance forte avec cette mise ensemble et des chaînes et des colombes.
    Que nous soient données alors les ailes que nous n’avons pas, par les hauts voyageurs qui nous rapportent des récits qui sont aussi des fictions, tel Jean-Philippe Toussaint ou Andreï Makine. Ailes gardiennes des abeilles, aux deux extrémités d’un pont sur l’autoroute se mettant en joue. Ailes invisibles de l’Hommoiseau, de tous ceux qui escaladent des murs et font reculer l’infranchissable, ailes supposées de l’ange au tombeau qui demande, à chacune de nos larmes, “pourquoi pleures-tu? ” Oui, Théâme, continuons à garder force de mots jusqu’au bord de ces larmes qui accompagnent comme une rosée le perpétuel soin du monde. Comme un miel secret, elles sécrètent la résurrection.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *