De Rosheim le « Rose-Foyer » semble toujours être en chantier.

En ce jour qui fête les Défunts, où sur nos pas courent les embruns affluant d’une houle infinie, où palpitaient des buissons ardents sous la flamme d’un éternel présent, nous inhumions les cendres d’une amie : les houx scintillaient autour de nous comme un brasier d’éclats forts et fous.

Mais d’autres pointes telles des armes attaquaient nos yeux de muettes larmes. Alors s’éleva la voix de François Cheng :

La mort n’est point notre issue,

Mais elle rend unique tout d’ici :

Ces rosées qui ouvrent les fleurs du jour,

Ce coup de soleil qui sublime le paysage,

Cette fulgurance d’un regard croisé,

Et la flamboyance d’un automne tardif,

Ce parfum qui nous assaille et qui passe, insaisi,

Ces murmures qui ressuscitent les mots natifs,

Ces heures irradiées de vivats, d’alléluias,

Ces heures envahies de silence, d’absence,

Cette soif qui jamais ne sera étanchée,

Et la faim qui n’a pour terme que l’infini…

Un cimetière sous la lumière qui descend depuis le bon coeur d’Odile et de son Mont.

Fidèle compagne, la mort nous contraint

À creuser sans cesse en nous

Pour y loger songe et mémoire,

À toujours creuser en nous

Le tunnel qui mène à l’air libre.

Rosheim : canal et roses du Jardin médiéval.

Elle n’est point notre issue.

Posant la limite,

Elle nous signifie l’extrême

Exigence de la Vie,

Celle qui donne, élève,

Déborde et dépasse.

François Cheng, Cinq méditations sur la mort, Albin Michel, 2013.

Au cimetière de Rosheim, cliché de Pascale S.

« Merci d’avoir été là », murmure la source – de part et d’autre du talus nouant la souffrance et le salut – aux cailloux qui la murent.

Ces mots fraternels ont changé le deuil en une danse d’accord et d’accueil.

La chaleur monte des cendres, la sève ne sait descendre : de l’ardent buisson en pleurs sourd un son qui ressemble à celui des fontaines ou de l’appel par-dessus les plaines : l’énergie de l’Esprit, alors même qu’il passe entre nous dans l’espace, nourrit, unit, sourit…

La Maison romane de Rosheim.

 

One Reply to “Buisson ardent : puisons dedans !”

  1. La mort n’est pas notre issue. Merci à François Cheng de nous le dire et à Theâme de nous le redire. Pour les vivants qui restent, elle est un buisson ardent. « L’étoile a pleuré rose » à Rosheim et la tombe de l’amie semble rappeler deux des promesses faites aux églises d’Asie dans le livre de l’Apocalypse. « Je te donnerai un caillou blanc et je te donnerai la couronne de vie ». Permettez-moi pour Sylvie, au nom des deux lumignons, blanc et rouge, d’ajouter ces deux autres promesses : « Je te donnerai l’étoile du matin », et enfin « Je viendrai souper chez toi moi près de toi toi près de moi ».

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