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Lucioles ou vers de braise (“Glühwürmchen” en all.), fr.wikipedia.org .

Nous gardons en mémoire les contes où des boîtes entre les mains enfantines illuminent, même fermées, l’obscurité sous le vivant éclat des lucioles. Nous connaissons aussi boîtes de nuit, mises en boîte, et familièrement les boîtes où l’on étudie ou travaille ainsi que les boxes, dérivés – peut-être avec la boxe – de la même source en anglais : tous ces termes, à première vue si différents, sont issus du grec pyxis qui, à partir du buis où l’on cisèle cet objet, désigna bientôt le boîtier chrétien de l’hostie ou du Saint-Sacrement…

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Pyxide, desmarais-robitaille.com .

C’est encore de ce substantif grec que découla plus tard la boussole.

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Mappemonde et boussole, larousse.fr .

D’autres boîtes débordent d’une lumière durable quoique passagère : chaque édition d’un Salon du Livre, par exemple à Colmar, devient… le premier salon où l’on cause des relations, où l’on provoque des projets, par la presse de l’impression, de l’expression, de l’écriture, de la lecture, certes sans compression – avec compréhension !

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Le Lithographe humanitaire Jacques Tardi au Salon du Livre de Colmar le 23/11/14, cliché Théâme.

De même, la première de Str’Off  a fait déboucher l’escalier d’un chantier sur de vastes chambres de rencontre et d’ambre, où jouaient tous ensemble des âges différents, où les origines voisinaient en dansant.

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Str’Off, cliché Théâme.

Mais des boîtes encore plus spacieuses peuvent offrir la clarté prestigieuse où devient visible l’essentiel, comme une échelle entre terre et ciel. C’est ainsi que s’élève le 25 novembre 2014 à Strasbourg, au Parlement Européen, la voix du pape François :

Parler de la dignité transcendante de l’homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé.

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Strasbourg : le pape François au Parlement Européen le 25/11/14, www.tdg.ch .

Dès lors les hémicycles, pour discerner dans le flou la vibration d’astres doux, retirent leurs bésicles : EurOpe n’a-t-elle pas en naissant reçu la poussée du souffle et du sang pour transformer les obstacles en marges – pour avoir, donc donner, le cœur et la vue larges ? A peine deux heures plus tard, quelques centaines de mètres plus loin, le pape François complète auprès du Conseil de l’Europe les paroles qu’il a commencé d’adresser aux Européens, dont l’histoire est également une échelle permettant sans fin de découvrir des perspectives, car faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre :

Pour conquérir le bien de la paix, il faut avant tout y éduquer, en éloignant une culture du conflit qui vise à la peur de l’autre, à la marginalisation de celui qui pense ou vit de manière différente. Il est vrai que le conflit ne peut être ignoré ou dissimulé, il doit être assumé. Mais si nous y restons bloqués, nous perdons la perspective, les horizons se limitent et la réalité elle-même demeure fragmentée. Alors, poursuit le pape François,

À l’Europe, nous pouvons demander : où est ta vigueur ? Où est cette tension vers un idéal qui a animé ton histoire et l’a rendue grande ? Où est ton esprit d’entreprise et de curiosité ? Où est ta soif de vérité, que jusqu’à présent tu as communiquée au monde avec passion ? 

Sans doute est-ce grâce à la parenté linguistique entretenue par les notions de vigueur, vigilance et veille que le Pontife peut relier ces notions à l’arbre du poète italien Clemente Rebora : un peuplier, avec ses branches élevées vers le ciel et agitées par le vent, son tronc solide et ferme, ainsi que ses racines profondes qui s’enfoncent dans la terre. Mais, ajoute-t-il, « le tronc s’enfonce là où il y a davantage de vrai » et un tronc sans racines peut continuer d’avoir une apparence de vie, mais à l’intérieur il se vide et meurt. [“Vibra nel vento con tutte le sue foglie/ il pioppo severo; / spasima l’aria in tutte le sue doglie / nell’ansia del pensiero: / dal tronco in rami per fronde si esprime / tutte al ciel tese con raccolte cime: / fermo rimane il tronco del mistero, / e il tronco s’inabissa ov’è più vero”, Il pioppo in : Canti dell’Infermità, ed. Vanni Scheiwiller, Milano 1957, 32.]

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Strasbourg : le pape François au Conseil de l’Europe le 25/11/14, www.aleteia.org .

Ladite échelle est bien assez forte et solide, si elle est faite de ce bois pour suivre les pas de la croix, puis porter des milliards de consciences limpides. D’ailleurs, dès le lendemain à Strasbourg sont intervenues deux premières réponses apparentes au rappel pontifical – dont le sens originel semble résider en la fonction de pontonnier – de la vocation européenne : le déblocage de fonds nécessaires à la relance et la remise du prix Sakharov au docteur Mukwege.

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Strasbourg : le Dr D. Mukwege reçoit de M. Schulz, Président du Parlement Européen, le prix Sakharov le 26/11/14, rfi.fr .

Par le “goggle box“, qui désigne dans l’expressif dialecte alsacien la boîte à images télévisuelles, peuvent également passer des documents révélateurs et des fictions “réveilleuses”. Dans les deux épisodes diffusés récemment par France Ô sous le titre Pieds nus sur le sol rouge, des formules à l’emporte-pièce nous entraînent loin sur et contre des fleuves aussi puissants que l’Amazone, mais dans la droite ligne du pape François : “Le contraire de la foi n’est pas le doute, c’est la peur” et “Ne rien avoir – ne pas se taire”. Au-dessus des cimetières, le jour enveloppe cette Europe et sourd en bourgeonnant de lumière. Réussite et ressort procèdent l’un et l’autre du rebond salvateur, car libérateur : ressortons donc de nos boîtes de nuit remplies de fureur, de peur et de bruit.

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Une scène du film “Pieds nus sur le sol rouge”, programme-tv.net .

 

3 Replies to “Boîtes de jour.

    1. Le modeste auteur anonyme qui se cache sous Théâme remercie vivement ses visiteurs pour leurs commentaires positifs, et d’avance ceux qui sauront dénicher ou retrouver le conte – peut-être une histoire du fameux Père Castor – évoqué au début de ce billet : sa dernière page enchanta nos enfances par des boîtes à lucioles qui embrasaient doucement une immense nuit d’été…

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