Avioth (Meuse) : tours de “La Recevresse” et de Notre-Dame.

Il faut savoir suivre la route jusqu’à ce que votre âme broute des sons délicieux, des brins silencieux. Non loin de la “Recevresse”, l’Ange embouche la tendresse.

Avioth : ange musicien au socle de l’armoire aux saintes huiles.

Des portes hautes comme des tours, en souriant et priant, ouvrent alors un tout nouveau jour.

“Béthanie” de Chèvetogne.

Mais qu’il est difficile de se faire docile à l’Esprit qui guérit comme à l’harmonie qui réconcilie !

Chèvetogne.

Par bonheur et sans heurt,

Monastère de Chèvetogne : dans la nuit, l’icône de l’Annonciation.

voici l’aumône drue des icônes.

Maredsous.

Et puis le buis troue les nuages de l’embuage à coups de pinceaux, en tout cas plutôt à la sobre manière, qui n’est rien moins que fière, du Wallon Magritte – René du surréalisme suranné – qu’à celle – imaginaire – du jeune Harry Potter !

Dinant : capitale et berceau du saxophone.

Et voici que la Meuse devient une semeuse de limpides reflets, plus précieux que du lait, quand l’oreille escalade, offrant des escapades. Sous le canal des morts, des malades, dans le métal, sombre et meurt le mal, car la Parole envoie les moyens de la joie.

Collégiale Notre-Dame de Dinant : dinanderie pour un nouvel ambon.

Le mieux fermé des vieux clochers monte ses pierres bleues vers la musique du kiosque, vers les entretiens ludiques.

A Ciney, sans accès.

Au matin, les taches des vaches font un clin d’œil aux éoliennes pour que la vie tienne. Sous le doigt de la lumière, Villageois, vois la lisière. Qu’avec les blancs papillons volent les noirs taurillons !

Chèvetogne : pâturages en nuages.

Qu’avec les fleuves chantent les plantes et les pentes : éternellement, sous la garde de Benoît, Grégoire le Grand moud, pétrit, cuit, les voix. Qu’avec elles progresse et marche l’allégresse.

Après les vallons wallons et profonds, voici les plaines de la Lorraine, avec le cri muet de l’écrit.

Sur verrière touloise, scribe en ombre chinoise ? Silhouette d’un secrétaire d’Erasme qui passa par là ?

Mais la pierre est douce au portail, pétrie par les pouces du vitrail. Car Étienne continue de voir s’écarter les nues devant l’amour puissant du Dieu toujours présent.

Portail central de la cathédrale Saint-Etienne de Toul.

Contre les leurres figés par l’heure, la collégiale Saint-Gengoult sans rien dire met à genoux le corps et l’âme pour qu’ils acclament chaque plaisant tour de la moindre tour, pour qu’à l’appel enfin ils soient moins sourds, pour qu’ils se hissent au dehors vers les délices de l’accord.

Saint-Gengoult de Toul, reconstitution du cadran révolutionnaire : “Salles fit de sa main en l’an 12” (1803).

A-t-il donc fallu tant de voyages pour fouler l’ineffable rivage des contacts impalpables, des impacts adorables, de la révélation et de la rédemption ?

Vers la basilique Saint-Nicolas-de-Port : surtout ce qui se mure très vite se fissure.

La liberté solidaire cherche la porte et le port : leur attente est si calme et claire qu’en face l’être se sent fort. Diaphane est l’hostie élevée au soleil : du front aux orteils vient la paix amie.

Rosace de Saint-Nicolas de Port : l’amour illumine mieux que le platine.

La matière soudain fait crépiter son tain : la nef palpite, s’inverse, et l’eau bénite la berce.

Basilique de Saint-Nicolas-de-Port : toute une voûte se mire dans un bénitier.

Dans la Deuxième Journée du Soulier de Satin, Paul Claudel avait donné à contempler par Doña Prouhèze, amoureuse et soucieuse, une pareille “goutte d’eau associée à la mer ! La communion des Saints !”.

Saint-Nicolas-de-Port : l’Enfant Jésus de Prague.

À l’aube de la Troisième, Doña Musique à Prague, dans l’église Saint-Nicolas de Malá Strana, se laissa porter par la même onde neigeuse de suave transparence que ceux qui adorèrent l’Enfant Jésus de Prague tout près de là, dans le droit fil du poème datant de 1910 :

Il est tout seul devant le foyer qui l’éclaire

Comme l’hostie cachée au fond du sanctuaire,

L’Enfant Dieu jusqu’au jour garde ses petits frères.

Paul Claudel, Images saintes de Bohême.

Dès lors, le visage royal se dégage du palais presque laid. Sachez vous effacer, murailles, et tressaillez jusqu’aux entrailles : que les vieilles tours jouent de nouveaux tours !

Château de Lunéville : clin d’oeil de la lune en amande aux vertes plates-bandes ?

One Reply to “Quand de belles tours nous jouent de bons tours.”

  1. Il semble bien que le vent de l’Esprit ait pris ses tours dans ce voyage de Lorraine en Wallonie, dont chaque escale sous le ciel jamais oublié, est un lieu saint. L’homme de jadis n’oubliait pas d’être pieux. Anges et saints hantent les nefs et les clochers. Saint Etienne et saint Gengoult y prient pour nous, et saint Benoît et saint Nicolas de Port y prient de même. Les moines de Maredsous sont des scribes à la plume agile. Les rosaces déploient un rouge coquelicot que retrouvent les cieux du soir par-dessus des campagnes simples. Un bénitier change en barque la haute nef de sa collégiale. Les anges n’oublient pas de chanter et de jouer pour leur Seigneur, à croire qu’on leur a mis des saxophones entre les mains. Les peintres comme René Magritte y font mémoire de la réalité transfigurée par ceux qui font un rêve et déposent sur nos paupières les décalcomanies qu’en décolle leur pinceau. A croire que la vie est un rêve que trouent les tours de nos clochers et que voyager passe par ces trous dans la toile entre la Beauté et nous. Dans le matin qui vient j’entends sonner ces cloches.

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