Détail du plan du Parc zoologique de Mulhouse : au centre, un nandou stylisé.

Voici le 800e billet de Théâme : ce n’est pas le moment d’avoir des états d’âme ! Cependant, comme autruches ou nandous, nous trouverions commode autant que doux d’enfouir parfois la tête dans le sable pour ne plus voir s’imposer l’impensable, le monde inconnu toujours à l’affût. Mais un humble film nous rassure par sa voix jeune et pourtant mûre : “amour et foi sont frère et sœur”.

Capture d’écran sur la bande annonce du téléfilm
de François Guérin : “Les Mystères de la basilique“.

Ne laissons pas la peur nous prendre ensemble au piège que tend l’état de siège toujours menaçant, aux aguets – même au milieu d’un peuple en paix : son maître mot trompeur se croit magique et veut anesthésier sous la “technique”.

Capture d’écran sur la bande annonce du film de Costa-Gavras : “Etat de siège“.

A l’opposé, le tilleul de Turenne bruit de souffles odorants à Fontaine.

Tilleul de Turenne à Fontaine.

Courant sur le torrent, le poème paraît, comme des “Mains […] données par l’iris des marais” (René Char, La Lisière du trouble).

Iris des marais dans le Territoire de Belfort.

Des sillons jaillie, l’énergie s’accorde avec la poésie qui soudain surgit de l’Antiquité : semeur de vers, Virgile a cultivé fruits délectables et justes cadences de sorte qu’ensemble champs et chants dansent.

L’écrivain-professeur Anne Miguet dans son royaume entre terre et ciel.

Les musiciens tendent leurs liens, au creux de son alvéole bénie se distille le miel de l’harmonie : l’hexagone donne la clé de sol à la juvénile ruche comme la flamme à la bûche, et le rythme nous entrouvre l’envol.

Formes géométriques jouant dans une vue sur l’église Saint-Antoine de Vauthiermont.

Serrons-nous donc les coudes… pour humer l’espace éternellement parfumé : contre tant de masques emplis de chloroforme, les oreilles veillent à ce que ne s’endorment les cœurs. Entre cruche fraîche et ruche… la fleur attend l’abeille et ses merveilles.

Abeille photographiée en plein travail sur un pied de lavande
par l’apicultrice-professeur Laurence Bonvalot.

Mais il faut travailler de manière loyale, sortir la tête du sable comme de l’eau, pour protéger et pour propager les cadeaux, jusqu’à ce que frémisse une gelée royale et jusqu’à ce que de simples mots nous mettent entre les mains le beau : de lumineux miracles, dans la mouvance du Saint-Sacrement, dans la Fête-Dieu toujours au présent, montrent un tabernacle

où chacun voit “la fleur qu’il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l’âme se greffant”. (Stéphane Mallarmé, Las de l’amer repos...)

Hexagone de bois poli, assemblé, enluminé, par Vincent Miguet.

2 Replies to “Autruche ou ruches ?

  1. Qu’il sonne clair, ce billet 800 rassemblant dans son tablier odorant tant de merveilles : joue contre joue, deux roses jouent avec les six essences de bois de l’hexagone. Honneur au talisman du menuisier ! Puis à la double fleur cueillie s’adjoint le sauvage iris des marais, iris plural, iris d’Eros, celui que Char ainsi salue : “Merci d’être sans jamais te casser, iris ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n’a pas d’action, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres.”
    Sont salués de même la libre abeille de la plus souriante des apicultrices Laurence au nom virgilien, et le nandou, captif heureux d’un zoo qui rouvre ses portes et donne à voir un possible âge d’or où hommes et bêtes feraient alliance. Eglises et basiliques livrent leurs mystères et leurs géométries: à leurs flancs une enquête, un octogone qui fait un clin d’oeil aux huit cents, un tilleul vénérable. Alors l’amie, dans les blés en travée, peut méditer sur le grain qui doit tomber dans la bonne terre. Oui, allons encore chère Théâme dont le verbe est une géorgique, allons greffer l’âme et ses filigranes bleus, allons vers toujours plus de tendresse, vers toujours plus de moissons et vers des arbres donnant toujours plus de fruits.

    1. Merci, amie en poésie, de dérouler la mémoire limpide de la LETTERA AMOROSA du cher René Char après avoir appris de ton père, pour les donner à tes enfants et tant d’amis, le fluide chant de la Sorgue !

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