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Trois petits livres courts viennent de voir le jour : ils sont en librairie et déjà nous sourient. Donnons-leur libre cours, tel le phénix des Phéniciens insaisissables, infatigables, bons danseurs et beaux musiciens, sans fin renaissant de leurs cendres et sachant vendre sans se vendre du désert à la mer, transmetteurs de techniques sur les planchers nautiques (autant de l’alphabet que de l’art liant les quais) : ce peuple fut le père et reste le guide de l’Eur-Ope tour à tour belle et livide, jaillissant depuis 3 000 ans – et préparant nos mues vers de plus Larges-Vues – de ses larmes et tourments.

 

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Dans le sillage de cette Europe enlevée – pour pouvoir relever et pour être sauvée, “Les Rêveries de Gaston Bachelard” racontées par Jean-Philippe Pierron, illustrées par Yann Kebbi, nouent ensemble les idées et les images en entrelaçant d’une manière certes ludique et poétique, mais aussi philosophique, donc digne des “Petits Platons”, divers ouvrages de ce génie aussi clair qu’encyclopédique, né au bord de l’Aube qui arrose plusieurs régions de France et passionné par le feu sous toutes ses formes : “C’est à ma table d’existence que j’ai connu l’existence maxima, l’existence en tension – en tension vers un en-avant, vers un au-devant”, écrivait-il dans La Flamme d’une chandelle en 1961.


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“L’Invention de la course à pied” reste dans cette tonalité de l’essor et de l’élan, reconstituant de manière humoristique la naissance d’un sport qui mène à bon port, au-delà de la sueur ou de la cendrée omniprésente dans W ou le souvenir d’enfance de Georges Pérec, en passant par la chaleur d’un établissement typique de l’Antiquité : “Alors que le soleil décline, notre fine équipe fait un petit détour par les thermes pour discuter le coup et raconter l’après-midi”, écrit Jean-Michel Espitallier dans son opuscule publié par Al Dante.

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Enfin voici “Corps et Âme” de Cécile Ladjali, paru dans la collection “Essences” d’Actes Sud ce mois-ci, qui nous donne en la montée vers Pâques trois tableaux fameux de Georges de La Tour à contempler sur un mode aussi concis, mais polyphonique et transversal. Car cette Madeleine dure encore plus qu’un souvenir proustien : elle semble éternelle, au fil des routes qu’elle file et tisse, jusqu’à la petite Aurore qu’elle recueille en Espagne et qu’elle tire d’une mortelle componction après un détour par… Béthanie : grâce à l’onction de cinnamome recueillie au Golgotha. “Madeleine était rendue au commencement. Elle était revenue au début de l’Histoire. Les battements de son cœur enluminaient la première lettre du Livre – car Madeleine peignait avec son cœur et non avec ses mains.” Le matin naît sans fin ; la présence est flamme où la Croix, de surcroît, donne corps à l’âme : l’amour le proclame.

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