Hélène de Beauvoir (1910-2001), exposition au musée Würth d’Erstein (Bas-Rhin) jusqu’au 9 Septembre 2018, avec le Parthénon en lignes d’horizon..

Construire, disent-elles toutes deux, Hélène de Beauvoir comme Gaëlle Nohant que nous évoquerons plus bas, pour s’opposer à leur contemporaine et consœur Marguerite Duras, mais également aux erreurs tragiques faisant des viaducs et des ponts autant de bombes, de canons, follement lancés en pleine terre de paix humaine ! Nous pouvons bien prier pour nos faibles piliers Apollon Musagète : le désespoir nous guette.

Parfois un destin montre le chemin de l’espérance qui marche et danse. Ainsi le musicien Félicien David, né dans les îles, mais orphelin en Provence, devint successivement saint-simonien et le compositeur d’audacieuses cadences, comme pour ce Désert qu’en bon explorateur il nous fit connaître par des accents enchanteurs : “Ineffables accords de l’éternel silence”. D’ailleurs, d’après le vocabulaire hébreu, c’est en ces vastes étendues de sable (midbar) que veillent les sources intarissables du monde sous le ciel implacable et bleu : dans les dunes enfouis, les objets, les paroles (dabar), de nos soifs attendent le réveil, puis s’envolent…

Mais les mots ne pouvaient passer à travers le temps que tracés par un art magique : l’ordre alphabétique ! Il nous suffit de rechercher un livre sur nos étagères pour bien nous rappeler le prix de ce repère… Dès lors, comme le souligne aujourd’hui le quotidien La Croix, le jour a lui de l’architecture et de la démocratie : les Grecs et les Romains nous confient l’harmonie.

Musée de l’Homme inauguré en 1937, citation de Paul Valéry et statue d’Apollon Musagète par Henri Bouchard.

Nos villes ont pu grandir et nourrir : à nous de les aider à construire et mûrir, sans lâcheté ni fuite, à l’exemple et la suite de Monsieur Kofi Annan qui vient de mourir en serviteur du bien. Oui, l’ordre apollinien de la mesure nous garantit l’alliance la plus sûre contre le fatras, ou l’assassinat.

Mémorial du Vieil-Armand (Haut-Rhin, 1922-1932) : architecte Robert Danis, “Vers la lumière éternelle”. Photographie exposée à Strasbourg au printemps 2018, au palais du Rhin.

Mais la plus belle preuve de la vie toujours neuve est que les intérêts personnels restent prêts à ce que s’éLARGisse la vue, à ce que se prépare la mue : EURope avait pour noms Crépuscule et Couchant, mais son frère Cadmos ressortit au Levant.

Strasbourg, entre la vieille Petite-France et la nouvelle ENA.

Tous deux incarnent ainsi l‘écriture phénicienne qui lança l’aventure du commerce et de la navigation, de l’échange et de la civilisation.

Strasbourg, avenue de l’Europe.

Les étoiles pour la route qui continue au-delà de l’innommable, Gaëlle Nohant a su les relier pour en construire avec une grâce claire et solide une constellation poétique autant que biographique.

France Loisirs semble avoir eu la primeur du livre publié ces jours-ci par elle sur Robert Desnos, et il n’est que justice pour le rêveur redoutablement efficace qui méditait ainsi :

Le loisir / La liberté de changer de ciel.

Lisez-le jusqu’au bout : à travers les fulgurantes rencontres de personnages connus (les Sartre et Beauvoir, ou bien Apollon et Bacchus pour l’inauguration du Musée de l’Homme), au long des chaotiques parcours surréalistes et surtout au fil d’un engagement de résistance fraternelle, où de l’amour le chant expie l’horreur des camps, jusqu’à ce qu’enfin la plume de la bien-aimée rallume l’inimitable voix d’un créateur qui libère en chacun le bâtisseur.

Rrose Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

 

 

 

 

 

One Reply to “Apprenons à bâtir mieux, plutôt qu’à patir.”

  1. Quelle riche promenade nous offre Theâme, réveillant nos fibres de bâtisseurs au large des passions tristes qui peuvent affecter tout un chacun, comme ce pont effondré convoquant de solides ingénieurs. Ainsi Hélène de Beauvoir pose ses danseurs devant des colonnes et Apollon Musagète invite au musée de l’Homme, notre humaine responsabilité : oui à nous de choisir entre tombe et trésor entre parole et silence, et nous sommes responsables avec Dieu du Bâtir de nos routes et cités et de ponts qui ne soient pas des tombes..Pourtant si le Seigneur ne bâtit le pont c’est en vain que travaillent les maçons. Alors aimons nos villes comme Strasbourg au carrefour des routes avec ses hautes tours végétales. La mémoire aussi est un pont pour la perpétuité de la lumière. Poètes et écrivains se passent le relais et le dormeur éveillé de Gaëlle Nohant semble dans le droit fil de ce bien-aimé comblé de bienfaits pendant qu’il dort. Salut à Robert le résistant, salut à Robert le passeur de mots qui sont des ponts entre les hommes et la beauté. Précédant des ouvrages qui ne tomberont plus Théâme est une passerelle portant ses passagers, les passant sur l’autre rive.

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