8334414d6432ac073dde88c2bf3d5345-500x500
s3.static69.com

A  GRANDS  TISSAGES. La relation pédagogique est inépuisable, à la fois réciproque et multivoque, navette qui va, qui vient, au large nouer des liens : tout apprentissage n’est que grands tissages de hasards et de regards, de souvenance et d’espérance. C’est ainsi qu’au détour des rayons, quelques années plus tard, vos étudiants devenus libraires peuvent, avec autant de reconnaissance que de compétence, vous indiquer des pistes inespérées : ce fut le cas récemment du Mini-Larousse intitulé LE GREC ANCIEN dans votre poche, compensant de légères erreurs par des couleurs aussi anciennes que musiciennes, gonflant  de vent neuf votre poche afin qu’approche de nos vieilles cités la vivacité, chassant les miasmes sous l’enthousiasme… Attardons-nous sur le verbe grec correspondant à lire à la page 18 : ANAΓIΓNΩΣKEIN (anaguignôskeïn) signifie étymologiquement “reprendre connaissance”… Or, le mois dernier, la même collection accueillait LE LATIN dans votre poche ; à la page 19, quel trésor que cette litteratura qui résume le socle de l’aventure occidentale : l’alphabet, la grammaire (et la science…) !

le-latin-dans-votre-poche
i2.cdscdn.com

APPRENTIS  SAGES : tels sont les victimes de l’illettrisme et les passionnés de l’alphabétisation. Comme l’écrit avec autant d’émerveillement que de lucidité Gérard Louviot dans Orphelin des mots, “Au bout de l’éternité” (page 85) et d’un “silence […] phénoménal” (page 106) qui murmure “Le temps me dure” (page 111), l'”Âne-alphabète” (page 169)  finalement laisse sa “vieille peau” (page 185) et, par une fidèle “petite danse silencieuse” (page 189) avec son épouse, quitte les choses “anonymes” (page 208) ; ainsi, “Témoigner, c’est l’aboutissement d’un long travail” (page 229) pénible, mais libérateur.

Electre_978-2-84563-661-3_9782845636613
e-leclerc.com

APPRENDS TISSAGE ET SAUVETAGE, semble nous dire ce livre plein d’amour, d’humour et de ténacité. Car “la poésie est une chanson” (page 17), du “pétrissage” boulanger (page 71) au “sommet le plus haut” (page 123) : jusqu’à l’humaine magie qu’est une “harmonie” (page 155), jusqu’à la naissance de Stella (page 222) qui rouvre le livre dont la dédicace recelait déjà l'”étincelle” (page 7). Juste au milieu de l’ouvrage et du gué, Gérard s’est senti sauvé par une chanson de Renaud (page 113). Loin d’être morts, les mots sont donc bien nos parents : car, nous adoptant, ils font de nous des parents… Est-ce qu’en cette fête des archanges la fraternité quitte enfin ses langes ? Oui, nous sommes les enfants des mots, comme l’avait compris saint Jérôme en traduisant le seuil du Royaume : ils lavent la fatigue à grande eau. Cette sève sait faire naître, en pulvérisant les peut-être à coups de progrès et d’alphabets, nos essors hors du sort – et la paix.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *