France Inter nous avait mis l’aile à l’oreille et l’eau à la bouche par deux fois dès l’aurore. L’on connaissait la rieuse Alix au pays des merveilles noires avec L’Ange et le réservoir de liquide à freins, familiales avec Ma Nanie, rimbaldiennes et pèlerines avec En avant, route ! La voici, toujours sous le signe de l’amitié, se chargeant, puis se sortant, d’une enquête foisonnante, rebondissante, passionnante, au fil des rencontres et des deuils, des archives et des courriels, des coteries et des plaisanteries : Garde tes larmes pour plus tard !

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Car le destin de Françoise Giroud déborde présentement de succès, de scandales et de mystères : “Mais comment écrire, Seigneur, sans se faire un sang d’encre ?” (page 18) se demande Alix de Saint-André ?

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Décédée en 2003, Françoise Giroud répéterait peut-être pour ce dixième anniversaire une phrase déplorant lors d’un entretien “une absence de silence très grave” à notre époque (page 49). Cette femme que fascinaient et comblaient le soleil, la mer, les volcans, change vraiment, par le truchement de leur amitié, l’auteur Alix en Sherlock et sa propre fille Caroline en Watson : ensemble, elles partent à la chasse et sur les traces de vérités éclatées tout au long d’une éclatante existence. “Nous irons au bout du monde !” (175) lance Caroline à la romancière.

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Et c’est un monde à visiter, apprivoiser, reconstituer, depuis la naissance de la future Françoise Giroud en pleine première guerre mondiale : “J’ai vraiment l’impression que Françoise me tient la main” (223) ; mais “le cheveu blanc” de sa mère Elda l’entraîne encore plus loin : “C’est le fil [qu’elle] tire depuis le début de cette histoire, soudain matérialisé…     Une bénédiction à travers les siècles ?” (225-226). Au risque de “perdre la tête, comme l’ange” (234), Alix ramasse “des pépites de bonheur” (242) dans l’espoir de “rendre, enfin, la parole” (243) à ce personnage marquant notre histoire récente. Alors court dans “un silence délicieux” (244) la copie de notes intimes au fond d’une accueillante abbaye, tandis que se déroulent les recherches nocturnes à la lumière d’un Beaubourg “où le personnel a le droit de dire oui !” (255)… Oui, proclame et crie par écrit ce personnage, “C’est moi l’auteur de ma vie” (264).

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Mais “La piste de l’encre s’arrête là” (275). La boîte “enquête” (288) a livré ses trésors : à la dernière page, le “livre bigoudi” a déployé les boucles d’une libre chevelure où l’œil d’une interlocutrice devenue lectrice de l’invisible surgit et se souvient : “Chère Françoise… On a bossé comme des anges !” Garde tes larmes pour plus tard est un titre aux assonances dignes de l’incipit composé par Gustave Flaubert pour Salammbô : “C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar”… Effectivement, le temps brutalement suspendu par ce conseil d’adulte acide et lucide pourrait s’ouvrir sur des “pleurs de joie” infinie et pascalienne, sur la suprême émotion de Françoise Giroud qui se déclara bizarrement “agrégée ès vie” (34) et dont, par-delà les impénétrables voies  du destin, le passé porte au fer rouge une exclamation inspirée par Pierre Loti : “La religion, ce soleil des âmes” (224). Merci à deux agrégées en amitié notamment de m’avoir fait rencontrer aussi délicieusement Alix et Françoise !

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