Capture d’écran d’Arte, Beethoven Symphonie n° 7 (diffusée le dimanche 6 juin 2021).

De la tragédie à la symphonie, le vieux théâtre tressaille de vie. Certaines pannes durent plus longtemps ; pour que la joie fuse plus librement ? Or c’est bien à Delphes qu’une voix de sagesse, plus juste que le grondement de chœurs animés par la peur et la fureur, versa sur la terre ses accords de largesses : “Voici la victoire de la concertation orchestrée par une divinité plus forte que nos factions !” (Transcription proposée par Théâme pour les vers grecs 973-975 à la fin des Choéphores d’Eschyle.)

Chorégraphie de Sasha Waltz au théâtre antique de Delphes, en direct le 6 juin 2021,
sur les notes de la Septième Symphonie de Beethoven.

Ainsi la danse emplit à nouveau l’ample orchestre : l’harmonie ne souffre jamais qu’on la séquestre. De la mort à l’essor, l’espace tend soudain sa conque sans plus l’interdire à quiconque.

Capture d’écran d’Arte, Beethoven Symphonie n° 9, devant le Belvédère de Vienne.

La source que rien ne tarit dans les ténèbres a jailli : de l’oreille aux merveilles, une fraîche fraternité palpite, en nous vient habiter.

En chef d’orchestre, la Grecque Karina Callenakis à la tête
du Wiener Symphoniker le soir du 6 juin 2021 à Vienne.

Une jeune cheffe grecque offre tout sauf des obsèques au “grand sourd” : un amour hisse, avec grâce, de l’obscurité les ondes du monde vers d’autres clartés. Car il suffit d’un sourire pour que le rythme respire… (Non, cher Alain Rémond dont on peut apprécier pourtant les Billets dans LA CROIX, ce n’était pas Beethoven qu’on assassine !)

Enlèvement d’Eur-Ope, porcelaine de Meissen ? En tout cas,
la princesse Crépuscule vient à l’Occident incarner ses Larges-Vues

De l’aube de l’histoire et de l’orient, Europe se laissa porter, déliant la ténébreuse errance en radieuse espérance.

Issenheim, salle Grünewald de la Maison Saint-Michel, CA-AG de la Société de Saint-Vincent-de-Paul 68.

De la déréliction à la résurrection, la tendresse nous redresse, nous redonnant du cœur à l’ouvrage.

Roman de Metin Arditi, L’Homme qui peignait les âmes, Editions Grasset, 2021.

Les chœurs du silence recommencent en secret pour la paix, comme à la fin du roman de Metin Arditi, L’Homme qui peignait les visages, lorsqu’Avner, juif de Palestine auquel un moine avait prédit qu’il serait à sa manière re-“pêcheur d’hommes“, au seuil du second millénaire après Jésus-Christ fait le portrait “transfiguré” du croisé prénommé Emmanuel, flanqué d'”un poisson bleu d’argent” : Te voilà beau à nouveau, lui lança l’un de ses compagnons. Toi aussi tu ressuscites !

Couverture de L’Homme qui peignait les âmes (photo de couverture par Millenium Images, UK, Jasper James).

Le sombre chaos du vice débouche sur les délices, et le Sacré-Coeur se fête en douceur tandis que les lecteurs se font chanteurs… A l’horreur immémoriale, mais intérieure, contemplée par la Mouchette du premier roman de Georges Bernanos Sous le soleil de Satan dans sa propre âme percée à jour par l’abbé Donissan, fantômes innombrables qui se levaient de toutes parts, succède dans le Journal d’un curé de campagne (touché d’un incurable mal physique) l’accueillante sérénité de la communion : Le silence intérieur – celui que Dieu bénit – ne m’a jamais isolé des êtres. Il me semble qu’ils y entrent, je les reçois ainsi qu’au seuil de ma demeure. Et ils y viennent sans doute, ils y viennent à leur insu. Hélas ! je ne puis leur offrir qu’un refuge précaire ! Mais j’imagine le silence de certaines âmes comme d’immenses lieux d’asile. Les pauvres pécheurs, à bout de forces, y entrent à tâtons, s’y endorment, et repartent consolés sans garder aucun souvenir du grand temple invisible où ils ont déposé un moment leur fardeau.

Seuil d’une boutique mulhousienne.

One Reply to “À travers les âges, des chœurs à l’ouvrage.”

  1. On te salue, toi silence intérieur, réceptacle des âmes en peine ou en quête ou en fuite…
    Toi seul précèdes la musique ou son écoute. Un compositeur a écrit des notes sur des portées, les a écrites comme on écrirait une icône, et seule la portée d’une âme qui a fait silence est la cire où peuvent s’inscrire le rythme et la mélodie. “Ô charmes, ramenez de la ville Daphnis”, écrivait Virgile en latin à la suite d’Anacréon en grec… Que la ville soit Delphes, Vienne, Acre ou Jérusalem, chacune approchera par voie d’âme un peu de la Jérusalem céleste. Peindre c’est délier la relation, c’est délier les âmes, qui sans le savoir sont enchaînées. Il arrive, ô Europe, qu’en se laissant porter, en se laissant ravir, en se laissant emporter, l’être trouve sa plus vraie liberté, sa vérité profonde. Il arrive qu’en apprenant à écrire une icône, une partition ou un poème, on devienne l’icône, on devienne la symphonie, on devienne le poème, amour réalisé du désir demeuré désir. Il arrive que le compositeur soit sourd, que la captive soit mère des libertés, que le peintre des âmes ne croie pas en Dieu, que la divine charité soit entre des mains pauvres : aucun banquier ne s’y fierait, et pourtant le trésor du royaume est bien là, comme le dit, en ce jour du coeur, l’UBI CARITAS. Il n’est pas d’yeux pour le tenir : il brûle, ce coeur, il n’a que son cri pour abri. Face à lui, prions : FAC UT ARDEAT COR MEUM, Fais que mon coeur brûle…

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