En descendant de sa station radar, vue du Grand Ballon sur le lac du Ballon.

Les poètes anciens demeurent musiciens… Certes, les sapins et les hêtres souffrent jusqu’au cœur de leur être au pied d’un blanc ballon, radar du Grand Ballon. Mais le lac scintille et le ciel y brille – preuve et reflet d’une vérité qu’en latin Virgile sut chanter :

“Le ciel, les terres, les plaines fluides, […] par un souffle vivant en profondeur se laissent nourrir sans prendre de rides : à travers sa chair entière, reliant ses jointures comme un moteur, l’âme anime la matière et dans l’immensité de ce corps se mêle, se fond, jusqu’à l’accord.”

Enéide, livre sixième, où Anchise aux enfers éclaire son fils Enée, vers 724-727, traduits littéralement et librement par Théâme.

Mulhouse : plate-bande nouvelle.

Alors une oreille aux bornes s’éveille.

Strasbourg : rue des Veaux.

Alors la statue s’appuie au pilier qu’elle était venue défier et renier.

Cathédrale de Strasbourg : à sa balustrade, le sceptique pétrifié
garde un oeil méfiant sur le prodigieux pilier des Anges.

Alors un enfant met sur la piste en silence, en secret, l’évangéliste.

A la base d’un pilier dans l’église des jésuites de Molsheim est sculpté l’apôtre saint Matthieu :
comme plus tard chez Rembrandt, il semble se laisser guider par la figure humaine
qui le symbolise dans le tétramorphe, qui dans son dos prend des traits angéliques
et qui garde la trace des caresses esquissées depuis quatre siècles sur sa tête.

Tout près, pour le convaincre, un chameau télescope les monts et les vaux.

Molsheim, église des Jésuites, chapelle de la Croix : tableau relatant à la fin du XVIIe siècle l’arrivée en 802 à Niedermunster, au pied du Mont Sainte-Odile,
d’un reliquaire fixé sur une croix persane…

L’on se frotte les paupières : sûre, mais floue, la lumière ouvre d’une porte un vantail qui chasse tout épouvantail.

Molsheim : une porte ciselée de l’église des Jésuites (1618).

Entre la mer et la plume, entre les pleurs et l’enclume, un Contrepoint tisse et prend soin : la vie amie n’est pas bien loin. Au bout de l’errance, l’aube est espérance. Là, sous la croix cachée, un toit de home, d’arôme et de chaume, en cette journée de l’Environnement où la nature n’est pas simple roman, du doigt montre un nouveau royaume.

Henri Chambaud, “Contrepoint“, Editions Baudelaire, Lyon, 2020.

Même les murs semblent moins durs : “Que la vérité fasse, écrit Henri, son chemin” par la grâce.

Molsheim, Hôtel de Ville, trompe-l’oeil de Roland Perret :
la “Connaissance” écarte le voile sur la Vérité.

Dès lors, les animaux font bloc contre les maux. Les chameaux enfermés voudraient prendre la route à leur tour : pour l’instant, bavarde est leur écoute.

Le Parc zoologique de Mulhouse a rouvert ses portes après le confinement pandémique : les chameaux de Bactriane partagent leur enclos avec des ânes.

Les suricates prennent l’air et le quart avant l’orage, en équipage presque souriant, en accordant leurs regards.

Zoo de Mulhouse : les suricates unis par la veille, sous la surveillance
de jeunes animateurs-admirateurs, qui relient avec compétence
les espèces animales et l’humaine.

La Trinité – Créatrice, Rédemptrice, Inspiratrice – peut dignement se fêter par notre fraternité parce qu’une haleine souveraine et pleine vient nous visiter : qu’à travers la distance nos matières s’élancent !

Zoo de Mulhouse : une pivoine arbustive en fin de floraison.

One Reply to “À travers la distance, la matière s’élance.”

  1. Voici qu’à la distance de presque un solstice le chameau, troisième animal de nos crèches, vient hanter ce billet de la Trinité : le chameau des Rois mages devient cet étrange chameau porte-Christ, mais un Christ couché comme si sa croix avait besoin de nos bras pour être relevée. De même, le zoo de Mulhouse mêle deux de nos santons animaliers, l’âne de Bethléem et le chameau de Madiane. Virgile aussi sut combien “l’âme anime la matière”, pareillement pour le suricate… et pour le boeuf et pour l’homme et même le serpent, dans un âge d’or dont tous nous rêvons. Ce serpent peut alors orner une fontaine tant “nos atouts sont perpétuels comme l’orage et comme le baiser, comme les fontaines et les blessures qu’on y lave”. Ainsi toujours un poète nous donne-t-il le contrepoint de son contre-chant, ainsi toujours une main d’ange vient se saisir du poignet qui écrit, abolissant la distance entre l’inspiré et l’inspirant. ET le ballon blanc offre son reflet morphique au Grand Ballon qui se reflète dans les eaux d’un lac jamais abandonné. Ainsi tour à tour la Trinité dispose et dépose ses trois personnes ou ses trois masques, tant le Covid en nous masquant nous rend sensible au coeur ce sens du mot persona=masque. Mais une seule fleur épanouie nous rend dans son calice offert et la grâce et l’amour et la communion, soit – selon Paul – et le Fils et le Père et l’Esprit. Alors, dans la distance respectée, l’ange du pilier frémit de toutes ses ailes.

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