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Artémis ou Marie, Pergé (Turquie), cliché Théâme.

Suite et conclusion des articles précédents.

Ainsi l’antique notion de KOΣMOΣ grec et de mundus romain, après avoir subi le ternissement chrétien, recouvre son éclat vivant d’ordre non seulement propre, mais beau, bref sa splendeur de vie sans fin relancée dans l’éternité de la fraternité, grâce à la grâce des grâces qui n’est pas, comme pour le Curé de campagne de G. BERNANOS, de s’oublier, mais de communier les uns avec les autres dans la douce et forte loi de l’amour[1].

Tandis que paradoxalement semblait grandir la lumière, de l’aube sophocléenne au matin paulinien en passant par l’éveil socratique, nous avons ce soir regardé s’entrecroiser trop vite, en grec ancien, quatre paires de fils tour à tour athéniens et palestiniens, mais toujours jeunes et méditerranéens : amour et loi, homme et divinité, la vie et la mort, enfin l’écriture et l’action entrelacées par une nouvelle donne chrétienne ; tenons fermement cet écheveau qui nous offre autant de solides cordages.

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Europe avec une corne… d’abondance : détail d’une métope de Sélinonte (début du VIe siècle avan, notre ère), photo AH.

Car nous voyons aujourd’hui l’Europe à l’orée des lois : née de l’aurore proche-orientale, mais lointaine, traversée ou plutôt travaillée par l’onde chrétienne qui mena des dieux humains au Dieu fait homme, l’Europe est à nouveau, plus que jamais, confrontée à l’invisible visage du bien commun, toujours plus interrogateur et plus exigeant, plus vaste et plus lourd d’un amour à mettre au monde, puis en œuvre, elle dont le nom signifie précisément LARGE-VUE[2].

Puisse-t-elle s’inspirer de Didon, cette autre Phénicienne mythique, héritière indirecte d’Europe, de Didon qui fut la reine et la préfiguration d’une souveraineté démocratique ancienne autant que future : celle de la loi écrite aussi commode à lire, connaître et approfondir que nécessaire à respecter. Cette souveraineté démocratique se profilait certes dans la tradition virgilienne (Enéide, I, vers 507 et 523) ; elle fut d’ailleurs magnifiée avant 1732 par un tableau du Néerlandais Gérard HOET qui figure au catalogue de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe sur le thème d’Enée arrivant au couronnement de Didon, alors que le divin nuage protecteur du héros contraste fort avec la netteté des documents écrits ou lus qui pullulent et circulent dans la foule carthaginoise[3] ; mais elle s’élabore entre autres, présentement, sur les rivages méridionaux de la Méditerranée, spécialement dans les parages de Carthage, donc de Tunis, et sous les yeux mêmes de la communauté internationale[4].

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Musée national de Karlsruhe, G. Hoet : “Enée arrive au couronnement de Didon”.

Pau-Strasbourg mars 2011, articles mis à jour par Martine Hiebel,

professeur et docteur ès Lettres, devenue chercheuse et blogueuse.

[1] M. Hiebel, Résonances bibliques d’une œuvre de fiction – le « moulin à lumière » de Bernanos, Paris, Minard, 1999, pages 67-75.

[2] Cette étymologie semble s’imposer dès le IIe siècle avant notre ère dans l’idylle grecque, intitulée Europé, du Syracusain Moschos, sans doute au contact de la présence phénicienne particulièrement forte dans la partie occidentale de la Sicile, donc au-delà de Sélinonte où l’enlèvement d’Europe rayonnait précisément depuis le début du VIe siècle ! Cf. les illustrations  de cet article et notamment la communication de M. Hiebel publiée sur le site du lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg en 2009, dans la rubrique Ouverture antique, sous le titre « (L’)EUROPE de MOSCHOS : une idylle en Sicile ».

[3] Hannibal ad Portas – Macht und Reichtum Karthagos, Stuttgart, Theiss, 2004, page 369.

[4] La communication présentée dans cet article tentait de prendre en compte quelques apports des exposés qui la précédèrent le 17 mars 2011 ainsi que la révolution du jasmin qui accompagnait en toile de fond les travaux de ce colloque.

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