Mulhouse : une fenêtre du Learning Center (ou Centre d’apprentissage) au campus de l’Université de Haute-Alsace.

En la journée de l’Ecriture manuscrite, venue des Phéniciens jusqu’aux hauts mulhousiens, rendons hommage aux Cordées de la réussite. A la question de la vertu qui prend toujours au dépourvu, répondons mieux que Brutus qui, dans son crime, lança « Tu n’es qu’un nom », sachant qu’il faut un don supérieur, généreux, pour ouvrir les cimes de la liberté républicaine, pour que la haine puisse déserter notre humanité bien plus tueuse que vertueuse…

En quête de la vertu, Socrate, Platon et ses Amis tendent l’âme sur tous les tons, sur les monts, les mers et les plaines, pour qu’elle se montre « complète, saine », et pour que les jeunes talents frais émoulus du Cours Florent deviennent ses géniaux intermédiaires après plus de deux millénaires, en dignes héritiers de François Eichholtzer, sans qu’il faille passer par le vieux mythe d’Er… Tout à coup, dans l’âtre de l’amphithéâtre, se raniment les braises de l’esprit, se réveille  l’étude qui frémit.

Jeunesse de l’Antiquité ! Salut de la Compagnie des Amis de Platon après la représentation de Ménon – ou De la vertu – à l’amphi’ Weiss de l’Illberg : de gauche à droite, Tom Torel dans le rôle d’Anytos, Matteo Perreira dans celui du jeune esclave, Ruben Chehadi en Ménon et Gérard Mascot en Socrate. Costumes de Stéphanie Sanchez.

C’est que le petit esclave, « du fond » de sa mémoire simple, tire un pont portant vers nos misérables silences la présence de l’excellence : car la vertu n’est qu’un début, l’énergie qui lie tout en harmonie.

Ecrire et rire… Dialogue des acteurs avec le public amené jusqu’à Ménon par les Cordées de la réussite : décors d’Agnès Canuto et de Guy Sahuc. 

Traduisons, relisons : que les textes augustes dictent le geste juste, par-delà – mais sur – l’arc méditerranéen, au souffle du premier élan européen.

MENON traduit par Monique Canto-Sperber, GF Flammarion, 1993 ; en première de couverture, Polyphon gefasstes Weiss de Paul Klee, 1930.

La chevauchée d’une immigrée, Europe avec pour mât, pour nef, l’unique alpha, se poursuit dans l’étrange aventure des constitutions, des concertations, de la démocratie toujours dure… Mais non – mais si, MENON le dit : par le dialogue bien vivants, en avant les peuples voguent.

Une nageuse traverse l’espace, le temps, berçant sur l’avenir des flots de souvenirs : récit graphique tiré du Monde de Sophie par Zabus et Nicoby, et présenté dans LA CROIX L’HEBDO des 21-22/01/23, dont la couverture cite Christophe André : « Le bonheur, c’est comme la richesse, il faut le redistribuer ».

Un film neuf, mais vrai, semble suivre, de nos jours noirs si sourds, Europe qui nous délivre à travers son noble métier : importer à l’ouest l’amitié. Dans son sillage, Socrate est « torpille » pour que de questions d’autres poissons brillent… Comme elle d’Orient exilées, à leur terroir souriant arrachées,  Les Nageuses savent qu’elle ira jusqu’au bout de la vertu qui sauve et qui « nage pour nous ».

Perçant la nuit, le livre luit sous l’habillage lumineux conçu par Pierre Fraenkel pour le Learning Center.

Partages entre âges, dans la diversité, mais vers la vérité : rompons avec le mensonge et les morts-vivants que rongent les intrusions des illusions, ces « ombres errantes » [Homère cité par Socrate pour Ménon] dont nul pas ne chante. alors même que de la vertu les accords ne se sont jamais tus.

Illustration d’une oeuvre de Nizami Ganjavi : Khosrow et Chirine. Sacrée sous toutes les nues, la vérité toute nue !

 

 

One Reply to “Qu’es-tu, vertu ?”

  1. Bonheur partagé, richesse partagée : celle de l’âme et de son excellence partout guettée, partout suscitée, partout rencontrée, tel est le vœu réalisé de Théâme, telle est sa vertu majeure et majuscule. Sans petites manières, gommant les « mais non » multipliant les « mais oui » : oui à l’excellence de ce Ménon par la Compagnie des Amis de Platon, un quatuor d’acteurs tantôt en costume, tantôt en « ordinaire ». Comment mieux encorder l’extraordinaire culture à nos vies ordinaires, enchantées par les dons successifs de l’écriture, du théâtre, puis du cinéma. L’alphabet a volé vers nous sur le dos d’une bête de légende que chevauchait la vaillante Europe. Des mêmes côtes de Méditerranée nagent désormais des fugitive : Sara et Nusra nagent sur l’ombre des guerres, traversent les vagues noyeuses de destin, dominent de noiseuses embûches. Et voici qu’Olympie a migré sur un autre continent. La syrienne immigrée nage olympique à Rio. Tant de vertu et de courage enfin récompensés ! Qu’est ce que la vertu ? Qu’est-ce que l’excellence ? C’est à Lesbos que répond Sara la grande soeur : l’île aux cent mille gilets de sauvetage… Là bas il reste des gens à sauver. Alors que nage encore Sophie-la-Sagesse, qu’elle nage inlassablement à la recherche de la Vérité qui tantôt croule et coule sous les slogans et les contrefaçons, tantôt émerge à la crête des vagues et danse « comme un bouchon sur les flot »s, tantôt vole vole éperdument jusqu’au soleil, tant sa vertu est d’être Aile, d’être Esprit qui toujours s’arrache aux pesanteurs, échappe aux dogmes et aux glaces. Oui, apprenons encore, étudions, mesurons, ntamment nos chances. Que soient allumées les lampes et les fenêtres de nos « learning centers », de nos chambres d’études et studios. Tant que que quelqu’un étudie la Parole, tant que quelqu’un cherche la Vérité, le monde ne saurait s’écrouler. Tel est le dit de Socrate et de Sophie. Tel est le pari d’Europe.

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