Un mur de fenêtres au musée des Beaux-Arts de Mulhouse : trois oeuvres de Charles Walch.

Parmi tous les handiCAPs, le génie maintient le CAP, donnant des ailes d’antennes rapides même aux lourds gastropodes impavides : car, inlassablement, il ouvre des fenêtres qui le font humblement, avec nous aussi, naître.

Affiche mulhousienne du Marché de Noël 2022.

Baudelaire l’affirmait : « Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté ». Mais combien de fois l’enfance, adorable et sans défense, est frappée à mort ! Or elle est trésor.

Charles Walch, Le Hibou (1947).

Dans la nuit triste, cherchant ses pistes d’un regard doux malgré les coups, elle chante cette mélopée enfantine qui ternit son éclat d’étoile cristalline : Au clair de la lune, Mon ami Pierrot, Prête-moi ta plume Pour écrire un mot. Ma chandelle est morte, je n’ai plus de feu. Ouvre-moi ta porte, pour l’amour de Dieu…

Charles Walch, L’Armoire à glace (1942) : quelle approche nouvelle a sentie l’enfant, regardant d’arrière en avant de la familière armoire à linge… ou langes ?

L’hiver est-il encore détestable comme « saison du comfort » ? C’est Rimbaud qui le criait… Mais voici que nos tables de fête mêmes sont privées du beau par l’effroi de la guerre, par le froid que nos frères subissent non loin, privés de tout soin. Que de la glace le glas s’efface : n’oublions pas qu’il ne faudrait jamais écrire un mot sans avoir rien à dire… Car la CONVERSATION est un mode de vie changeant l’HABITATION en creuset d’harmonie.

Charles Walch, L’Armoire à l’ange (1946).

Alors l’ange vient, avec son souffle de sourire qui nous attire et nous inspire, avec l’air de rien, parmi les ombres, sur les décombres, nous inviter non à nous envoler de ce monde, mais à le recoller.

Sur un mur de Mulhouse (2020-2022), un collage non durable invitait aux merveilles de musée qui traversent le temps.

L’art n’est pas performance, mais performateur au fil de l’espérance, mieux : transformateur. Entre Ingres et Wilde virevolte une citation récemment reprise par Anne Queffélec sous cette forme : « Le talent fait ce qu’il peut, le génie fait ce qu’il doit ». Laissons faire ce dernier pour que l’amour soit premier.

Charles Walch, Bâtisseurs et Architectes (1941).

One Reply to “Le génie ou « l’enfance retrouvée à volonté ».”

  1. Y a-t-il un pouvoir du talent et un devoir du génie ? Le génie qui est aussi l’affection et le présent comme le saluait Rimbaud à la fin de ses Illuminations ? Tant de questions bourdonnent à nos oreilles à l’abord de ce billet. Peut-être notre cœur n’est-il formé que par la réponse qui n’est pas donnée… Or ce billet choisit de chanter, et sa musique ici vaut bien les paroles océanes dont parfois nous tentons de langer nos interrogations. Alors l’Ami Pierrot nous prête sa plume, mais l’Ange, lui, nous met le doigt sur la bouche. « Les escargots lentement s’en vont à l’enterrement d’une feuille morte »…ou au Marché de Mulhouse ??? Avec eux, « massive lenteur, lenteur martelée… la chouette est de retour », murmure René Char. Elle veille en silence et couleur, comme font les peintres et les poètes, dessinant des portes ou des fenêtres dans des murs qui n’existent pas. Est-ce écrire ou peindre qui vont les réallumer, les trop mortes chandelles? Deux Charles s’en mêlent avec de l’enfance, des chats, des armoires, des divans et des Invisibles… qui passent incognito. Chacun à sa façon donne sa main à plume ou sa main à pinceau à l’Ange du Présent. Ecoutons, l’huis s’est ouvert, ce que nous allions dire ou peindre en diluerait la buée. Ecoutons, il passe, il ne fait que passer. Comme l’enfance et comme le souffle…

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