Ailes réelles sur une stèle ?

En avons-nous le cœur net à force d' »accoucher le passé » ? Une moderne Bérénice, archéologue et amoureuse du langage, est précipitée dans les horreurs de la guerre dont les furies ravagèrent tout près de nous la Syrie chérie.

Brume dominicale sur la ville.

Y a-t-il des cas de force meilleure, où le récit traverse la révolte, la mort, pour remettre sur pied la vie, contre toute attente et l’ombre béante, entre le sang et les absents ? Oui, quand l’urgence s’appelle enfance : une petite miraculée « avait caressé la grimace de la Furie avec une expression curieuse et avide ».

Julie RuoccoFuries, 2022, Actes Sud. Sur la première de couverture, Lady_Stroke de Valérie Belin.

Bérénice voleuse de vestiges, comme une Furie tout en vertiges, fait alliance enfin avec son destin : que la vocation prenne de la réponse finalement chair, qu’un être neuf, clair, avec un silencieux éclat se prononce ! Car seule la lumière assure nos arrières.

Il advint qu’au présent Béré-nice incarna la porteuse de victoire inscrite dans son antique prénom : « comme on le fait entre veille et sommeil, elle continua de retourner cette idée d’Europe. Quelque chose se dessinait qui allait au-delà de la simple consolation. Un futur encore jamais entrevu jusqu’ici planait sur ses pensées. » Elle se décidait obscurément à rentrer en Europe, avec un courage déterrant les trésors et l’enfant sauvée aspirant à l’essor, pour imiter peut-être Europe et sa tendresse, pour que le désespoir aille en l’abîme choir, pour donner le jour à ce qui tue la tristesse et la surdité de l’absurdité…

A l’orient de la tour de l’Europe, aidons les nuages à se dissiper.

L’amulette qui vit et lava l’incurie laissa la place à la douce furie qui fait repérer, qui sait espérer : « Délicatement, avec la paume des mains, Bérénice recouvre de terre le visage morcelé. Elle a choisi cette colline pour qu’elle puisse surplomber la plage. Pour que dans son sommeil la fille de Chronos veille sur les dépatriés de la mer ».

Témoin, sois plus… Et que le vent, tout en assurant nos avants, cisèle nos ailes pour aider, pour guider, mieux ou davantage contre les naufrages !

Plus vrai que nature, le papillon déploie de nos voiliers le pavillon, telles les antennes orientant les rennes…

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