Mulhouse-Ouest : lumière en partance vers l’océan.

In Memoriam Marc SCHWEYER

(14 avril 1932 – 22 septembre 2022),

professeur de philosophie ou plutôt de sagesse amie,

traducteur et chercheur, fidèlement veilleur.

Illzach, Square du temple, devant un arbre au tronc double : « Mère et Enfant » d’Orlando Longhi.

L’homonymie réserve d’étranges surprises, comme l’attribution du même prénom et du même nom à trois personnalités distinctes et contrastées. Le Marc « Veilleur » qui a marqué son entourage, sa famille et ses élèves de son éclaireuse lucidité, qui vient de quitter cette terre de misères, affectionnait notamment la philosophie et le Royaume-Uni. Le décès de sa contemporaine, la souveraine Elizabeth II, a précédé de peu le sien, dans la fraîche lumière consécutive à un pénible été torride.

Mais une autre famille royale, plus discrète et plus durable, semble l’accompagner dans la tranquille jubilation de la tendresse divine, parfois perceptible dès ici-bas. Ecoutez aux pieds de Marie les pas de Joseph et de leur Enfant qui joue : alors, sur ce seuil, malgré notre deuil, en silence le chant à notre cœur se noue.

Mulhouse, en l’église Sainte-Marie, concert de l’Ensemble Calisto : Jauchzet Gott (« Jubilez pour Dieu », J. – S. Bach).

Voici que cependant s’approche un dimanche trop lourd de compassion, appelant d’urgence à l’action : la Journée du migrant et du réfugié.

Mais nous migrons tous loin d’une patrie, nous réfugiant dans l’espérance amie : ensemble, nous arriverons à bon port si nous quittons notre force de mort pour l’espace de la grâce, tel Martin partageant son manteau, préférant à l’étroit confort le beau, la conscience du plus cher trésor et l’alliance qui tisse l’essor.

Saint Martin d’Illfurth

La pensée juste offre l’aisance qui permet l’immense, l’intense, danse de la paix aux femmes comme aux hommes de bonne volonté, puisqu’ils nomment la bonté. Nous voulons, avec Apollinaire, explorer la bonté contrée énorme où tout se tait.

Nul n’élude son étude : Marc le savait et nous aidait. Avec Angélique Ionatos partie quelques mois avant lui, dont il nous fit découvrir la déchirante voix bénissante, qui chanta finalement le Courage dans la bouleversante et nourrissante langue de leur cher Socrate, notre ami par-delà les épreuves de la vie, les souffrances de l’âge et la béance de l’absence affirme : Reste la lumière.

Ancienne église Saint-Martin d’Illfurth.

Avec Simone Weil, notre collègue connaissait et jusqu’au bout pratiqua – toujours solidaire, même grabataire – la transmission et la traduction comme arts par excellence de l’attention, qui demeure « la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ».

L’écolier peint par son père, Robert Breitwieser.

Puisse la tentation du désespoir familière à Georges Bernanos qui avouait dans Les Grands Cimetières sous la lune « Le démon de mon cœur s’appelle A quoi bon ? » desserrer son étau sur le matin des mots !

Et que de l’au-delà Marc, l’ami philosophe, montre comment recoudre une fragile étoffe, celle où rien ne meurt sauf l’humaine peur, celle qui dans les ténèbres brille et librement célèbre sans bruit le secret proche et toujours prêt : la Parole comme réponse en forme d’infinie annonce – relayée au simple calendrier, en céleste kyrielle modeste et fraternelle, année après année jusque dans l’éternité, par Thècle d’Iconium, Côme et Damien d’Arabie, Vincent de Paul, Venceslas de Bohême, Jérôme de Stridon, Thérèse de Lisieux, François d’Assise, les archanges et les anges

Aurore sur Mulhouse, ville que Marc a si fort aimée, sur la Tour de l’Europe et sur le temple Saint-Etienne : les cieux ouverts.

 

 

One Reply to “Rien ne meurt, que la peur.”

  1. Merci à Théâme d’ouvrir encore ces cieux ouverts vers lesquels montent et descendent des anges, de les ouvrir pour frère Marc, lui qui jamais ne ferma son cœur à la voix ténue de la sagesse, à son altière simplicité, au goût de la transmettre et l’enseigner, et d’en dire au passage toute l’humaine Beauté. Que de saints autour des jours de son « enciellement » ! Quel cortège élu pour jubiler avec son âme délivrée d’un corps devenu obstacle et douleur. Oui, Marc aima Bach, aima la paternité discrète et fidèle de Joseph, pratiqua la bonté de Martin qui partage un manteau, fut aussi passionné de livres que fut Jérôme et d’une aussi exigeante exactitude intellectuelle que fut Simone Weil, scrutant en elle le professeur, avec, comme elle, ce haut désir de faire écrire Liberté sur tous les cahier d’écoliers de leurs disciples ! Marc sut de l’amitié le prix inestimable. Il en fit le soleil de sa vie, dardant très longtemps vers ses amis de longs rayons épistolaires. Qu’en nous demeure un peu de sa modestie souveraine, de son attentive bonté.

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