Haute Cerdagne.

Quelle est la demeure inaugurant des chemins nouveaux d’heure en heure, transcendée par le matin ? France Culture soulève actuellement la brève et grave question de la voix, du langage, que l’on perçoit comme une parole intérieure faute d’.une expression meilleure. Qui mieux que Socrate a su lui prêter l’oreille de l’esprit, puis inviter à sonder l’onde claire et profonde qui nervure chacun d’un éternel rythme, d’un vital et radieux appel ? A son Connais-toi toi-même, Hildegarde, au-delà du muet NON proféré par le daïmon, répond d’un complément qui nous… regarde : « Ô homme, regarde-toi, tu as en toi le ciel et la terre ». Serait-ce pour cela que nous sommes émus par l’enregistrement de ceux qui se sont tus,  comme dans le mythe des « paroles gelées » qui nous refondent dès qu’à notre ouïe rappelées ?

Soudain Platon, chez Jean Guitton, nous montre comment orienter la vie vers l’invisible, mais sûre, harmonie pour aider l’âme à « la montée dans le monde supérieur et à la contemplation de ses merveilles ».

Les Pages immortelles de Platon choisies et expliquées par Guitton : photo André Causse

L’âme ailée d’un souffle rencontre des obstacles, certes. Mais, dans son nom psychè qui respire, se glisse un air frais changeant l’ombre en miracle.

La pulsation d’Animus et d’Anima, qui de Rimbaud à Claudel par Jung parla, sut ouvrir dans la solitude sèche l’écumeuse et désaltérante brèche : « Autant que je puisse en juger, le seul but de l’existence humaine est d’allumer une lumière dans l’obscurité de l’être », nous rappelle l’actuelle exposition de Ghislaine Kiry en citant le psychanalyste.

Ghislaine Kiry : Pour être lumière, il faut avoir traversé la nuit.

Faut-il que l’âme ait touché le fond pour percevoir à nouveau le son d’une familière mélodie, celle d’avant toute maladie ? Mais un immense réservoir, tout au fond de chaque mémoire, dort ou – mieux – veille sans fermoir, comme une inépuisable armoire.

Frédéric LenoirJUNG, un voyage vers soi, Editions Albin Michel, 2021. Ce Livre rouge ou Liber Novus calligraphié, illustré, par l’analyste vient seulement d’être traduit et publié.

Victor et Shakespeare nous le font bien savoir : « la musique intime qui fait vibrer tout homme »… il meurt s’il veut taire l’accord qui le somme de dépasser le noir gouffre du désespoir, puisque tendrement les Voix intérieures nous font gravir des marches inférieures.

Victor Hugo, Les Voix intérieures, Cercle du Bibliophile. Jean-Jacques Pauvert, 1963.

Or de l’enfance il reste un silence précieux, frêle quintessence qu’élaborent les cieux, nappe de paix sans nul bord ni limite ou table, midbar – amer désert créant l’incontournable -, des flots de conscience que rien ne peut tarir, des impulsions sauvant les cœurs prêts à périr. Réflexions, découvertes, simples pensées découlent toutes de sa source cachée : elles forment les fruits frais éclos de son bruit. Et, lorsque vient le moment d’écrire, le chant ne peine plus à se dire, plus qu’analysé : bien canalisé… Qu’au bord d’un sourire infini toute âme respire sans souci !

Bénédicte Blondeau : Ce qu’il reste dans le cadre de la Biennale de la photographie de Mulhouse (musée des Beaux-Arts).

L’intuition est la pointe aiguillant la personne quand l’intime présence ordonne et puis rayonne. Le LOGOS se définit, pour Jung dans sa théorie comme dans l’étymologie, par les fonctions qu’il unit :  ATTENTION respectueuse, ANALYSE FRUCTUEUSE… « Tout ce qui est précieux en moi, sans exception, vient d’ailleurs que de moi, écrivait Simone Weil, non pas comme don, mais comme prêt qui doit être sans cesse renouvelé ». Or, à la disposition de chacun, reste pour échanger de tels emprunts, tour à tour infimes, infinis, intimes, le substrat indo-européen ainsi que l’alphabet phénicien.

La LECture n’est-elle pas l’ouverture d’un autre éclat dans l’esprit morne, qui soudain s’orne d’impalpables horizons et se met au diapason ? Les mots internes entre eux alternent et le cerveau se trouve beau !

Georges de La Tour, Le Souffleur à la lampe vers 1640, Musée des Beaux-Arts de Dijon.

Les soliloques tombent en loques. Sortons des ressassements infra-verbaux ou des marmonnements plutôt animaux avec Bernanos et son Curé de Campagne qui meurt de dévouement, mais qu’une autre joie gagne :

« La grâce est de s’oublier », de laisser le service en soi prier… « Le silence intérieur – celui que Dieu bénit – ne m’a jamais isolé des êtres, avait-il écrit déjà dans son Journal. Il me semble qu’ils y entrent, je les reçois ainsi qu’au seuil de ma demeure. Et ils y viennent sans doute, ils y viennent à leur insu. Hélas ! je ne puis leur offrir qu’un refuge précaire ! Mais j’imagine le silence de certaines âmes comme d’immenses lieux d’asile. Les pauvres pécheurs, à bout de forces, y entrent à tâtons, s’y endorment, et repartent consolés sans garder aucun souvenir du grand temple invisible où ils ont déposé un moment leur fardeau. »

Intérieur de la SAGRADA FAMILIA.

Dès lors, « des chemins s’ouvrent dans leur âme » à leur tour, à l’amour, pour que l’espérance inspire et proclame dans les cœurs en douceur, pour que notre courage paisse même dans les forêts épaisses.

Les voies de la parole ont à se faufiler, ressources supérieures de la vie intérieure, veines souterraines pour partout ruisseler : laissons-les donc frémir au seuil de nos demeures afin que sous la peur aucun trésor ne meure.

G. Courbet, Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, Paysage (cf. psaume 41).

 

 

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