Strasbourg, Hôpital civil : une enseigne ancienne arbore le mortier et la lanterne de la guérison.

Cités radieuses ou silencieuses, centres construits pour (re)garder, mais atrocement bombardés : il vous faut creuser des clairières jusqu’à la source hospitalière. Ô les puits dans la nuit… De guerre lasse, la paix fait face entre les murs délabrés, toujours prête à célébrer.

A l’Hôpital Civil de Strasbourg (cité dans la cité), le Spectacle d’ombres La Cité silencieuse – réimplantée chez elle et rajeunie – se prépare à la fois côté cour et côté jardin.

La ville intérieure à la ville, son sang battant, son cœur soignant, dut jadis pour rester civile fuir en bloc, mais en ordre, l’ennemi. Le corps médical de Strasbourg s’en remit à « l’intérieur » et quitta les cigognes pour la « terre inconnue » de la Dordogne, ce berceau de Lascaux, qui vit l’homme de Cro-Magnon paraître, où l’accueil aide toujours à renaître.

Evocation de l’évacuation des Hospices civils de Strasbourg (qui tout entier demeura Cité silencieuse pendant les neuf mois… de la « Drôle de guerre ») en septembre 1939.

Au bout de l’exode, voici « le paquebot » : Clairvivre pour revivre au Périgord, si beau que l’hospitalité suscita l’héroïsme. Les larmes séchèrent, tout comme l’égoïsme.

Automne 1939 : l’arrivée du personnel strasbourgeois formant les Hospices civils et de ses familles dans l’établissement visionnaire de Clairvivre (ici le magasin) est suggérée par le Spectacle d’ombres qu’il a inspiré quatre-vingts ans plus tard à ses occupants, toujours hébergés, soignés, formés, réadaptés, en ce lieu doublement hospitalier.

Un grave théâtre de sauveteurs sauvés, d’ombres qui transforment le vieux drame en clarté neuve, représente sur le fil le passé d’un triste exil, mais tend la musique telle une voile qui sait nous orienter sur les étoiles.

Une soeur de la Charité strasbourgeoise dans le maquis de la Résistance périgourdine, et dans le droit fil du directeur de l’hôpital Marc Lucius, dont la mémoire vient enfin d’être honorée.

Car il n’est pas besoin d’être chez soi pour agir par amour ou par la foi : de l’espérance jaillit et vit la résistance.

Salut des acteurs « Sur le fil ».

Les débris des lambris montrent encore la douce coquille dont la perle sur nos têtes scintille.

Hôpital civil de Strasbourg : plafond de la Salle des fêtes.

Et des mots fraternels viennent nous expliquer comment, par-delà le destin, communiquer.

Béatrice PENICAUD avec trois acteurs de l’EPD de Clairvivre.

Les jumelages ont fait l’ouvrage, et de la mort surgit l’essor.

Logo de l’actuel Etablissement Public Départemental.

Le dialogue entre thérapies et projets – bref, la synergie – noue des rencontres et des créations :

Capture d’écran du documentaire projeté par la même troupe, le même 27 avril 2022, dans la salle des Fêtes de l’Hôpital civil strasbourgeois : pièce d’un des pavillons de Clairvivre conçus en 1921 pour lutter par l’exposition au soleil contre la tuberculose.

Clairvivre exerce toujours sa fonction exploratrice et bienfaitrice.

Première de couverture de l’ouvrage publié en 2019 par l’historien Christophe Woehrlé, La Cité silencieuse Strasbourg-Clairvivre, fruit de contacts avec Mme Martine MARQUET du Souvenir français, avec la mairie de Salagnac et avec les créateurs de ce spectacle d’ombres.

Rappelons-nous qu' »avec les armes de la paix » que Catherine de Sienne recommandait toutes les cités rendues silencieuses doivent redevenir libres, enfin radieuses.

Strasbourg, la compagnie « Sur le fil » dans l’allée historique des Hospices civils.

One Reply to “Quand se transfigurent les peines obscures.”

  1. Anne Miguet me prie d’insérer ce nouveau commentaire sous le titre « Silence à vie » : « Merci à Théâme de relayer vers nous cette page de l’histoire alsacienne qui a plus de quatre-vingts années. La guerre actuelle rend contemporaines ces personnes déplacées : jadis et aujourd’hui se croisent. Un lieu dont la vocation est d’accueillir, de recevoir, de prendre soin, de faire à nouveau bruire des vies fragiles qui s’en remettent à lui, un tel lieu est, par la guerre, dès 1940 assigné au silence : une lanterne s’éteint. Il est alors réconfortant de se souvenir qu’elle put se rallumer ailleurs. Que ses attenants à leur tour furent accueillis, reçus, pris en charge, rendus aptes à redevenir rumeur, à reprendre l’inlassable tâche de réparer les Vivants. De Strasbourg en Dordogne, le soin du monde déménage. Tel est le fait d’Histoire. Un Théâtre d’ombres le transfigure, en livre la petite musique : les actuelles âmes en peine de Clairvivre transcendent des difficultés intérieures, sur ce fil délicat font remuer le passé et le renouent au présent. De quoi inspirer des hospitalités renouvelées. »

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