Matin de Pâques dans un parc mulhousien.

Nous demeurons encore en quête d’espérance et Théâme elle-même était en maintenance. Tout en nous séparant, presque en nous égarant, le Covid nous co-vide ensemble à traits avides… Pour « étendre la joie », pour suivre le conseil ou la résolution d’un Montaigne en éveil constant et, dans ce but, « retrancher la tristesse » – ainsi que son préjudice moral qui répand l’âcre contagion du mal – à sa manière avec tendresse autant qu’adresse, examinons plus haut le chapitre si long « De la vanité ». Car aux amis tout est bon : même l’absence peut rapprocher les parages, affûter le retour, enrichir le partage.

Mulhouse, école Jean de La Fontaine : une visite de lamas (cliché M. V.).

« Nous remplissions mieux, écrit l’auteur des Essais en se remémorant son amitié pour Etienne de La Boétie, et étendions [mieux,] la possession de la vie en nous séparant ». Un bénéfice moral peut donc naître de la distance qui devient fenêtre, même s’il faut hausser le col pour participer à l’envol des signes qui communiquent par-dessus la source unique.

Synagogue de Mulhouse : à l’envers, en vitrail, tandis qu’apparaît la voix veloutée du sabbat, brille le début de l’alphabet hébreu.

Si les âges traversent le chaos, nous pouvons aller plus loin que l’écho, participer à l’aide nourrissante, accéder à l’harmonie agissante, à l’énergie qui met d’accord nos âmes et nos pauvres corps : « Le point d’appui, écrivait Simone Weil en reliant Archimède à l’évangile, est la Croix, intersection du temps et de l’éternité ». 

Calvaire du Lerchenberg dans son buisson ardent, au pied du chantier qui réaménage ce « Mont des Alouettes ».

Ainsi l’amour porte les lourds boulets de notre vie jusqu’à la mélodie qui change en chœur dansant nos mœurs, qui transforme la défiance en une limpide alliance, donc en essor auroral ce bénéfice choral. Que les oreilles orchestrent notre guérison terrestre, que tombent, en débris, de la guerre les cris et s’effacent les menaces sous l’unisson de la grâce.

Capture d’écran de la bande annonce du film de Jacques Demy Les Demoiselles de Rochefort : Gene Kelly ramasse dans une rue un fragment inédit de concerto qui finira par abattre tous les obstacles.

One Reply to “Bénéfice choral.”

  1. Merci à la fidèle lectrice Anne Miguet pour son commentaire qui approfondit l’écrit en l’augmentant :

    « Etendre JOIE, oui : ce serait là au bénéfice de toute une vie, et notre vie en joie est de nature chorale, tant toute joie en vérité éprouvée se diffuse aux attenants.

    Retrancher TRISTESSE : chose nécessaire puisque, malgré nos précautions, il arrive que tristesse advienne, il arrive que Covid touche et qu’un glaive de séparation nous tienne à distance d’autrui. Un glaive sans maléfice.

    Or cette étendue qui vise l’espace a pour arme le temps. Jésus sur la croix, comme il étend ses deux bras ! Mais ne se compresse pas le temps entre la tristesse à en mourir de Gethsémani et la joie à bras étendus de la Résurrection.

    Longeons la synagoque : que nous dirait à ce propos la pensée juive nourrie de l’acte et de l’étude ? L’acte, puisqu’il obéit à l’éthique du tiqoum olam, à la réparation du monde, retranche une tristesse. L’étude fait des lettres de l’alphabet les outils de sa joie, de la joie du monde. Mais voici l’école, l’enfance, et cet âge d’or signifié par la visite du lama. L’enfant plus que nous a conscience d’être un « humanimal ». Il arrive que des demoiselles des danseurs se souviennent en musique, et de cet Eden possible. Il arrive que la cigale en nous soit plus forte que la fourmi… tristesse s’efface… et c’est la joie. Merci à Théâme de nous l’avoir transmise, elle qui battait des ailes au dedans. »

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