Musée archéologique de Palerme, détail de l’Enlèvement d’Europe (Sélinonte, VIe s. avant Jésus-Christ) : cliché d’A. Hiebel.

Palerme, n’oublie pas que tu tiens dans tes murs   Un bloc de pierre plus bouleversant que dur :

La jeune Europe   Y court, galope

Apparemment d’Occident vers l’Orient.

Son visage   Malgré l’âge

Demeure mystérieusement souriant.

L’on dirait même qu’une corne   Dans sa main suffisamment l’orne

Pour compenser   Un nez cassé…

Pourtant, à Sélinonte un temple   L’avait longtemps gardée sur l’ample

Rivage à l’abri des écueils,   Où le vent se change en accueil.

Ruines d’un temple de Sélinonte en hiver : cliché d’A. Hiebel.

Qu’apportait-elle   À tire d’aile

Après avoir ainsi d’est en ouest traversé   La mer sur un taureau qui semblait la bercer,

La faire frissonner – des pieds jusqu’à la tête –    De la joie de servir par-dessus les tempêtes ?

C’est que d’elle est née la route des Phéniciens,    Non pas enfouie sous de sombres gravats anciens,

Mais bel et bien tracée par la forme d’Aleph, D’où partit l’aventure absolue, d’un trait bref

Comme la première lettre   Que l’homme voulut transmettre

À travers l’espace et le temps !   Nous en gardons le cœur battant…

Embarcadère de l’îlot phénicien et sicilien de Motyé (Mozia), cliché d’A. Hiebel.

Oui, nous l’Europe, tout honteuse   D’avoir dû refuser l’heureuse

Hospitalité même aux réfugiés   Rescapés de la guerre, suppliciés

Sur leur terre qui fut celle d’Europe,   Nous savons que chez nous se développent

Depuis son arrivée tant de progrès    Qu’ils deviennent des appels à la paix,

De plus en plus pressants à la miséricorde,   Contre l’absurdité qui gonfle et qui déborde.

Le port de Palerme en décembre : cliché d’A. Hiebel.

Mais de Palerme le port,

Conforme à l’étymologie   De son nom grec « rade jolie »,

Résiste encore à la mort

Jusque dans l’honneur de notre âme :

Plutôt que des distinctions    Ou des commémorations,

Contre l’horreur voici des rames.

Au Musée archéologique de Palerme.

Échouée sur un littoral crétois,   Soudain s’était ouverte une noix :

Europe fut ambassadrice

-À son grand étonnement, Après mariage et tourments –

Des partages, initiatrice

De la première constitution,   Donc de notre civilisation !

Les Romains eux-mêmes le surent,   Puis les lecteurs le reconnurent

Après le vieux Palermitain   Moschos, en grec plus qu’en latin.

Mais un nouveau Roland ne peut se taire   À Palerme : son maire humanitaire,

Ou simplement digne de son titre, ose offrir   Un exemple pour que s’arrêtent de souffrir

D’outrages les enfants d’Europe et qu’à nouveau   Le mât humain se dresse beau.

SOS MéditerranéeSauvons Nos Âmes malmenées !

La navette de Mozia : cliché d’A. Hiebel.

Non, Palerme n’oublie pas

Et nous rappelle au contraire,    Comme étant d’éternels frères,

Qu’il suffit de se croire moins las   Pour savoir faire le premier pas.

Exposés sur l’îlot de Mozia, les premiers alphabets : cliché d’A. Hiebel.

 

 

One Reply to “Palerme n’oublie pas.”

  1. Voici que revient la mélopée palermitaine d’Europe, la Phénicienne sur son taureau migrante, et c’est comme si les vagues du port ne cessaient d’en remuer la rumeur et de la mêler aux pleurs des embarqués d’aujourd’hui, pour qui migrer parfois ouvre les gueules des tigres maritimes. On voudrait que l’œil sur la barque soit l »œil de l’ange qui protège, et que la lettre inventée serve à graver de justes lois sur des tables qui ne s’effaceront pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *