Le cri de la paix.

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Pétrarque sur la rue du 17 juin à Berlin, http://www.berlin-en-ligne.com/visite/images/balade_strasse_17_juni_der_rufer.jpg

Helmut Kohl est mort la veille du 17 juin 2017. En 1953, ce jour frappa Berlin au cœur de l’Allemagne déchirée entre deux blocs et fut choisi par la RFA comme fête nationale : la rue qui en perpétua le souvenir resta jalonnée de stigmates soviétiques et de monuments servant en quelque sorte de vademecum aux visiteurs ainsi qu’aux habitants de la capitale suppliciée.

On y rencontrait ainsi le Pétrarque de Canzoniere : « Nulle paix je ne trouve / J’embrasse le monde entier / Sans langue je crie » (extraits traduits par Jean-Claude Monneret), tel « Le Cri de l’escalier » s’époumonant, du fond des prisons sur tous les continents, à travers les stridences intenses du silence.

Strasbourg, Musée Vodou, « Le Cri de l’escalier », cliché Théâme.

La clé du ciel est donc un corps qui se tord partout sous la mort, très bas, très haut, du mal au beau, qui crie à vie :

« A travers le monde, je vais et j’appelle partout la paix ».

Alors, ne pouvant demeurer froid près de ce Pétrarque berlinois, un monument lança vers l’Est totalitaire le sourd écho d’une promesse solidaire :  « Eure Freiheit ist unser Auftrag » / Votre libération, telle est notre mission ».

Le Collège franco-allemand transpirait d’épreuves scolaires entre les parcs verdoyants, parmi les Berlinois en congé pour se rappeler la répression de 1953 et faire allégeance à l’indépendance, en ce 17 juin 1989 qui semblait pourtant préluder à une improbable rémission, une désincarcération inespérée…

Jour de deuil 

 

Les fontaines

Et les feuilles

Luisent à pleines

Larmes et mains   Sous le jasmin.

 

Le trottoir   Est moins noir

Sous les jeux de l’enfance   Et le feu du silence.

 

Quand les roues dansent

Sur les parvis   Vastes parmi

Tant de transes

Et de vie,

Les tilleuls   Sont moins seuls.

Orage occidental vers la porte de Brandebourg, encore condamnée en juin 1989, clichés Théâme.

Il nous incombe que les murs tombent. Dès lors, le cri de la paix devient champ de nos projets. Car du ciel une mélodie tue les terrestres maladies et le Saint-Sacrement, par son délicat signe, restaure en ses sarments – jusqu’au dernier – l’humble Vigne.

AVE VERVM 

« Ave verum corpus natum de Maria Virgine
Vere passum, immolatum in cruce pro homine,
Cuius latus perforatum fluxit aqua et sanguine,
Esto nobis praegustatum in mortis examine.
O Iesu dulcis, O Iesu pie, O Iesu, fili Mariae. »

Je Te salue, vrai Corps né de la Vierge Marie,
Qui as vraiment souffert, qui T’es fait immoler sur la Croix pour l’homme,
Toi dont le côté transpercé devint une source d’eau vive et de sang.
Donne-nous un avant-goût de Ta présence dans l’instant de la mort,
Ô doux, ô bon, ô Jésus, fils de Marie. (Traduction proposée par Théâme.)

Cette Fête-Dieu coïncide avec l’anniversaire d’un fameux appel à la Résistance et avec un nouveau scrutin français. Or, quelques mois après la chute du Mur, Leonard Bernstein dirigea ce motet de Mozart où la simple grâce de l’équilibre nous garde à la fois dociles et libres.

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1 Comment
  1. chaudon ilona 4 mois ago

    Merci beaucoup pour cet hommage!

    une petite goutte en plus pour essayer d’éteindre l’incendie…

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