Paris, musée Rodin : « La Cathédrale » et « Le Secret ».

Le précédent article de Théâme associait deux villes de lumière. Par la pierre de sa Cathédrale et le marbre de son Secret, puisse donc Rodin éclairer un tant soit peu, depuis le VIIe arrondissement, le parcours que Strasbourg organise cet été de part et d’autre de sa cathédrale… Car, tout au long, les énigmes du bruit le disputent aux comètes échevelées sous la nuit constellée, l’année même où cette cité veut honorer son habitant aussi prestigieux qu’éphémère, l’inventeur des lumineux caractères mobiles à l’œuvre jusqu’à nos claviers et nos écrans : Gutenberg.

Le nouvel itinéraire estival et nocturne offert à travers l’espace et l’histoire de Strasbourg sous le titre LuX suscite dès l’abord une soif de découverte, voire un élan de marche aux étoiles, à ne pas décevoir parmi des façades qui puisent dans le soir leur fraîcheur naturelle tout en reprenant vie sous la mouvante orchestration des lueurs et des sons. Quelle gracieuse occasion en effet pour les promeneurs, les visiteurs, de partager les souffles de la brise au fil de l’Ill et de rejoindre ainsi la foule rassemblée à chaque étape dans l’ombre toute bruissante d’attente !

Strasbourg, église Saint-Maurice : « La Nuit étoilée » de Sylvie Lander.

Le fléchage de part et d’autre de « La Flèche dans les nuages » est certes clair vers le barrage-terrasse Vauban en habit fourbi par les « Lumières » ou vers le Palais Universitaire appelé pour l’heure « UNIÔ ». Malheureusement, sur place le fil se perd sous un strass d’effets spéciaux, criards et pourtant muets : la progression du propos échappe fatalement aux badauds figés dans le désir de le saisir, mais aveuglés plutôt que guidés par les prouesses techniques, qu’ils s’attachent à contempler dans leurs métamorphoses décousues un dispositif amphibie du XVIIe siècle français ou bien le fleuron wilhelmien qui se voulut deux siècles plus tard un palais digne de la recherche et de la formation universitaires.

La cathédrale de Strasbourg au centre du parcours LuX, le lendemain de la coupe du monde de football.

Le spectacle consacré pour la première fois à ce Palais universitaire salue l’inscription en 2017 de tout le quartier « Neustadt » (Nouvelle-Ville) au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est ici ou là sous-titré « UNIÔ », peut-être en référence à l’actuelle appellation de l’université de Strasbourg UniStra et à la vocation « universelle » de tels établissements. La récente réinsertion sur ce bâtiment des allégories sculptées Argentina (Strasbourg) et Germania incarne désormais l’osmose culturelle, intellectuelle et spéculative de la France et de l’Allemagne par-delà les conflits qui ont cruellement coup sur coup frappé Strasbourg. Mais l’Union Européenne n’aurait-elle pas eu sa place également, comme clef de voûte et d’avenir, parmi les constellations qui traversent ces trois brillants programmes iconographiques ?

Heureusement, « La Flèche dans les nuages » déchire cette poussière de jeux juste capables d’étourdir les yeux et les oreilles, surtout grâce aux améliorations de la composition par rapport aux animations infligées à la Cathédrale de Strasbourg par le passé. La fluidité des symboles et de l’envol, l’harmonie de l’histoire et de l’architecture, affleurent au fur et à mesure que les variations de la musique et de la lumière, des échos et des reflets, effleurent le sanctuaire sur un voile qui le transfigure avec une respectueuse tendresse… Bon sang, mais c’est bien sûr : Gutenberg a quitté Strasbourg juste après que la flèche de sa cathédrale eut imprimé son poinçon dans le ciel ! Dès lors, ne fallait-il pas au moins relier au leitmotiv LuX celui qui mourut il y a juste 550 ans et dont la statue, signée David d’Angers, porte au centre de Strasbourg (outre une bouche urgente et facile à nettoyer d’une noire pollution) l’inscription transposant un verset de la Genèse : « Et la lumière fut » ?

Strasbourg, mai 2018, exposition « L’Industrie Magnifique » : entre « L’Origine du monde  » de Marc Quinn et le grand manège rétro, la moue noire de Gutenberg montre l’inscription « Et la lumière fut ».

Puisque en quelque sorte BIEN COMMUN = BIEN culturel (patrimoine) + BIEN personnel (impôts !) + sens COMMUN (goût de l’esprit humain pour la clarté), puisque l’absurde nous plongerait dans un gouffre sinistre, puisque la cohérence est un bien vital et non un luxe, il ne reste qu’à souhaiter, par un modeste FIAT relayant de nombreux avis, que la LUMIÈRE promise par ce parcours LuX soit bel et bien FAITE… au plus tard l’été prochain.

Strasbourg, LuX 2018 : pour illustrer la cathédrale, voilà du moins des couleurs et un labeur à la hauteur de l’Europe…

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