Hélène, Marie et Jacques, ou l’invention de la paix.

by on
Eglise Saint-Barthélemy de Schleithal, cliché Théâme.

Sur le fil électrique et les épis magiques brille la douceur de la Croix qui jamais ne nous laisse à l’étroit.

Hélène et Marie, deux cousines nées Allemandes dans le village alsacien de Schleithal respectivement en 1912 et 1913, ont nourri voilà quelques décennies un article intitulé par son auteur Joëlle Chabert « En Europe comme en famille ».

Hélène raconte ainsi : « Mon père est rentré définitivement en novembre 1918 et le père de Marie en décembre, à pied, des Carpates. Ils sont revenus soldats allemands vaincus et sont devenus Français et vainqueurs. » Avant 1918, « à l’école allemande, la religion était obligatoire et, du jour au lendemain, dans l’école française, il n’y a plus eu de religion. Les Alsaciens n’ont pas accepté ça. Ils voulaient bien être Français, mais ils tenaient à garder leurs particularités et certains avantages comme les assurances sociales ».

Marie joint aux évocations de sa cousine ses souvenirs juvéniles : « À cette époque, nous allions aux myrtilles de l’autre côté de la frontière, puis nous vendions notre récolte aux Allemands, qui nous en donnaient trente francs. Les douaniers ne nous ont jamais rien dit : nous avions déjà inventé le marché commun ! »

Vitrail de Max Ingrand ; plaquette sur l’église du Sacré-Coeur à Strasbourg, Editions du Signe, cliché Théâme.

Mais le conflit suivant déchaîna de nouveaux ravages dans le tissu social de ce village-rue, déchiré cruellement entre Allemagne et France, malmené par un « Vichy pas très catholique », puis par le IIIe Empire toujours pire qui multiplia les affronts « plus affreux que la mort ». Voici donc l’ouverture sur laquelle débouche naturellement, mais vigoureusement, cet émouvant entretien : « L’essentiel est la paix. Après ce que nous avons vécu, nous avons le droit de le dire […] C’est pour cela qu’il faudrait une vraie Europe. On devrait être en Europe comme en famille, chacun avec son caractère. »

Pierre Pflimlin, https://pbs.twimg.com/media/C-9pRt1XoAAMUAr.jpg

Or l’EurOpe que nous entrevoyons par les yeux d’Hélène et de Marie avec l’autorisation de Thécla Jaubert, auteur de Mémoires d’Alsace, semble toujours aux prises avec les douleurs de l’enfantement : comme le suggère le vitrail de l’Europe créé par  Max Ingrand pour le chœur de la cathédrale de Strasbourg, la paix s’invente dans la souffrance et l’espérance – particulièrement depuis une certaine Saint-Barthélemy – en s’efforçant de soulever nos paupières par-dessus les guerres vers la lumière. Comment oublier la Saint-Louis 1942 où le Reich nazi lança l’incorporation de force dans les régions françaises qu’il avait violées, annexées ? À combien de ces jeunes gens, le même jour deux ans plus tard, fut confisquée la Libération, par un camp russe ou par la mort ? Comment ignorer tant d’actuelles horreurs, exigeant notre vigilance, notre collective résistance, notre persévérance constructive : bref, une liberté plus que jamais solidaire ?

http://cdn.sports.fr//images/media/football/espagne/articles/tristesse-et-consternation-apres-l-attentat-de-barcelone/barcelone/22365137-1-fre-FR/Barcelone_w484.jpg

Écoutons Jacques nous y inviter en direct depuis son étape irlandaise pour UNIR L’EUROPE, au cours du 6ème ITINERAIRE EUROPEEN, par cet EDITORIAL : LE CHOC DE BARCELONE

L’EUROPE à construire est celle de nos valeurs. Depuis plusieurs jours, j’hésitais à vous parler de ma pensée majeure en traversant l’Europe. Chaque année, des événements humainement terribles frappent ma conscience pendant mon périple européen et s’ancrent en moi.

Question des réfugiés au départ de CALAIS, question du terrorisme : cette année BARCELONE après être passé par WESTMINSTER en début de voyage… La plage grecque avec le petit EYLAN, les migrants d’Athènes et Brindisi, NICE, les deux précédentes années chargées comme de frêles barques par les êtres humains qui voient en l’Europe une terre d’espérance.

Et par ceux qui cherchent à détruire, par le retour à l’obscurantisme, toute notre vision progressive et laborieuse du progrès de l’homme au service de son humanité à travers sa spiritualité : à travers le massacre à Nice de nos concitoyens fêtant la République, à Barcelone – où j’étais l’an dernier -précisément frappée au moment où je suis sur la route.

Il faut un sacré « modèle de société » et je pense d’« humanisme » pour créer dans les esprits autant d’espérance et de haine simultanément.

Alors, avant le mercantilisme et l’argent, nous devons d’abord convaincre par des « actes » qui correspondent à ce que nous représentons dans l’esprit des autres êtres humains, NOUS LES EUROPEENS. Nous devons être par nos actions à la hauteur des valeurs que les autres perçoivent.

Ici et maintenant, la mise en place de politiques européennes qui soIEnt l’expression de notre vivante éthique doivent s’imposer : pour accueillir les réfugiés qui croient en nous, pour combattre ensemble et unis le terrorisme, cette réactivation du mal qui a failli nous faire disparaître avec les totalitarismes et les guerres mondiales développés sur notre sol au XXème siècle.

L’EUROPE est grande lorsqu’elle croit au perfectionnement permanent et à l’enrichissement culturel de son « modèle » pour l’amélioration de sa propre vision de l’homme et de la société.

Les Européens ont encore du mal à comprendre qu’ils vivent ces solidarités ensemble. Le « minable » retour sur soi nationaliste, avec une main sur les yeux pour éviter de voir ce qui se passe autour de nous et dans le monde, n’est même pas un voile de protection. Nous devons tous ensemble ouvrir – et lever – les yeux pour relever à notre manière les pressants défis du monde présent.

Alors nous serons encore regardés pour ce que nous sommes dans nos cœurs et nos consciences : des êtres humains qui forgent depuis 3 millénaires leurs corps, leurs âmes, pour édifier sans relâche la société à laquelle nous aspirons et qui ne sera jamais assez parfaite pour l’idéal que nous partageons, ici et dans les étoiles.

Jacques l’Européen itinérant.

Jacques Schmitt à Leicester, cliché d’UNIR L’EUROPE.

You may also like

1 Comment
  1. Jaubert Thécla 2 mois ago

    Magnifique synthèse, Martine, de larmes et de sang, d’aspiration et de création inlassables de cet idéal de paix , toujours à (re)conquérir pour vivre notre humanité dans ce qu’elle a de meilleur. Comme l’avaient si bien compris, parce que vécu dans leur chair, ces Alsaciens frontaliers de Schleithal et d’ailleurs, dont ma mère et sa cousine Hélène sont les éloquentes représentantes dans leur émouvant et fort témoignage.
    Merci de leur avoir accordé ton intérêt et et de les avoir fait revivre l’espace de ce jour.

    Reply

Leave a Comment

Your email address will not be published.